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Sophie Hunger 1983

Quinze mois après «Monday’s Ghost», la Zurichoise revient avec un troisième album plus riche et abouti. Et impose sa personnalité, à la scène comme à la ville.

On a peut-être mal jugé Sophie Hunger. On la croyait timide et fragile, mais la Zurichoise de 26 ans cachait un caractère bien trempé, à la hauteur de son talent. A la scène comme à la ville, la fille de l’ancien ambassadeur Philippe Welti n’en finit pas de surprendre, sûre d’elle, joueuse et obstinément libre. Musicalement, le succès de la chanteuse n’a cessé de croître depuis l’automne 2006 et un premier album autoproduit qui révélait une voix renversante. En Suisse comme à l’étranger, ses concerts ont émerveillé, avant que Monday’s Ghost n’en fasse une véritable star à la fin 2008, en tête des hit-parades helvétiques, adoubée par Les Inrockuptibles, Le Nouvel Observateur ou encore le programmateur du prestigieux festival britannique Glastonbury.

Loin de se laisser griser ou dépasser par cette réussite, Sophie Hunger s’est parée d’une désinvolture presque insolente, recueillant les lauriers sans forcer le trait, préférant laisser sa musique parler pour elle. Face à l’attention grandissante, elle joue du non-sens et de la litote pour balayer les questions trop tirées par les cheveux – «Seriez-vous l’ambassadrice idéale d’un pays qui a mal à son image?» – jusqu’à se payer le luxe de mettre en boîte le vieux renard Nagui, rire juvénile sur le visage, lors d’un mémorable Taratata.

La richesse du détail. Insaisissable et fuyante, Sophie Hunger désarçonne parfois, mais séduit toujours. Et son nouvel album 1983 ne fait pas exception. Réalisé dans la foulée de Monday’s Ghost, il répondait à un besoin pour la musicienne d’affirmer son identité. «Lors de la tournée qui a suivi l’album, je me suis vraiment épanouie, explique-t-elle. J’avais constamment de nouvelles idées. De ces expériences est né le désir d’enregistrer à nouveau, le plus vite possible. Car j’avais l’impression de ne plus être représentée par Monday’s Ghost.»

Laborantine espiègle, Sophie Hunger rhabille aujourd’hui sa musique de sonorités électroniques discrètes, imprimant une pulsation hantée par instants, redessinant l’ensemble à d’autres, comme sur le labyrinthique Citylights Forever. Mais c’est la délicatesse de l’ensemble qui fait la réussite de 1983. Habituée à user de sa voix avec parcimonie, la musicienne applique la même économie aux instrumentations, laissant respirer les mélodies. L’inaugural Leave Me With The Monkeys se délite ainsi à la manière d’un long a cappella, tandis que Headlights ouvre sur des orfèvreries de guitares, hypnotiques et nerveuses à la fois. Quant à D’Red, il laisse la vedette au piano, pour une atmosphère jazz enfumée, batterie jouée aux balais, trombone en sourdine. Seul bémol, la reprise du Vent nous portera de Noir Désir reste trop sage pour convaincre tout à fait, trop feutrée également.

Cohérent, soigné et riche en détails, ce troisième album permet à Sophie Hunger de s’éloigner de sa formule pop-folk. Surtout, il démontre l’originalité et la maturité d’une musicienne à la personnalité bien marquée. Et fait se dire que si l’éclat entrevu il y a quatre ans était bien réel, le diamant n’était peut-être pas aussi brut qu’on ne le pensait.



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