Et c’est parti pour de longues semaines de lamentations, le chœur des fatalistes annonce le pire. Comme si le oui au renvoi automatique des criminels étrangers signait d’ores et déjà la victoire de l’UDC aux élections de 2011. On se complaît dans la fascination pour le professionnalisme et le prétendu talent divinatoire de ses chefs à identifier les préoccupations de la population.
Il ne suffira pas aux adversaires de l’UDC de multiplier les séances de média training.
Les conditions de ce qu’on appelle une prévision autoréalisatrice sont réunies. A force d’anticiper une situation, elle finit par se produire: 30%, 35%, voire 40% des voix pour l’UDC, l’automne prochain... Qui dit mieux? (Lire en page 26.) Evidemment, il faut tirer les leçons de la défaite du weekend passé. A gauche comme au centre droit. Il ne s’agit pas de nier le malaise qui couve, ni de fermer les yeux sur les chiffres de la criminalité.
Mais sont-ils si catastrophiques? Soyons sérieux: la Suisse reste, malgré tout, l’un des pays les plus sûrs de la planète. L’erreur initiale, ce fut donc de prétendre régater avec l’UDC sur les questions de sécurité, de vouloir jouer plus malin. Et, au final, de défendre un contre-projet sans éloquence, sans engagement.
Alors quoi? Il ne suffira pas aux adversaires politiques de l’UDC de multiplier les séances de média training et d’améliorer la com. Le plus pressant, c’est de choisir les thèmes sur lesquels on a quelque chose d’important à proposer. Et ne pas glisser vers le terrain de prédilection de l’adversaire. Ces prochains mois, il faudra prendre la bataille pour l’agenda politique de 2011 très au sérieux. Mettre le paquet. Ne pas se laisser intimider par la brutalité et la force des convictions blochériennes.
On attend du centre droit, surtout, qu’il se reprenne et qu’il développe des idées originales, puis qu’il les trie, qu’il les affûte, qu’il les expose avec passion. Il y a du boulot. Sauver des assurances sociales programmées pour l’implosion. Juguler les coûts de la santé qui plombent la classe moyenne. Cultiver, enfin, ce qui fait la vitalité (et la fierté) de l’économie suisse: sa capacité d’innovation et de formation, le goût de se battre sur les marchés les plus lointains, sa diversité. N’est-ce pas plus prometteur que le retour à un illusoire âge d’or alpin?
Cherchons en politique comme dans la société les signes d’une ambition nouvelle pour la Suisse, défendue avec force, des projets un peu fous, qui mobilisent les énergies comme savait le faire Nicolas Hayek. Une Suisse qui fait parler d’elle pour ce qu’elle apporte d’unique et de positif au monde. Et non pas comme le porte-drapeau d’une Europe apeurée. Voilà qui nous semble plus urgent que le renvoi de quelques dizaines de criminels étrangers.
Match Truqués : La justice suisse enquête.
Depuis quelques semaines, ce sont les scandales de corruption à la FIFA qui font la une. Une autre affaire, au moins aussi importante, provoque l’ouverture d’une enquête de la justice suisse. Les protagonistes de ce polar: l’UEFA et son président Michel Platini, le club du Bayern Munich, la mafia russe et une entreprise de renseignement économique allemande. Son représentant en Suisse: l’ancien commandant de la Garde pontificale (lire l’enquête de Patrick Oberli en page 48).
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