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. . . à Roger de Weck

Mis en ligne le 24.04.1997 à 00:00

L'Hebdo; 1997-04-24

Lettre Ouverte... ... à Roger de Weck

«Nous vivons à une époque où le mot liberté commence à tinter autrement.» Je vous cite. Vous avez placé cette phrase en tête de la postface d'une publication célébrant le centenaire du «Tages-Anzeiger». Son titre? «Medien zwischen Geld und Geist», les médias entre l'argent et l'esprit. Fils et frère de banquier, vous ne pouviez, aux yeux de marxistes à la petite semaine, qu'être situé du côté de l'argent. Erreur; une de plus de leur part.

La porte claquée, ce n'est pas votre style. Vous êtes policé autant par naissance que par apprentissage. Votre départ du TA n'a certainement rien d'un coup de sang. Vous avez donné tant de preuves de la mesure de votre jugement que l'on est en droit de supposer votre décision mûrement réfléchie.

Elle frappe d'autant plus ceux qui ont admiré le choix de l'éditeur du grand quotidien zurichois quand il vous a prié de vous asseoir dans un fauteuil longtemps sous-occupé et souvent éjectable. Vous étiez l'homme qu'il fallait là où il le fallait. Fribourgeois, mais de cette catégorie qui n'est pas atteinte par le symptôme du «Ranz des vaches» sitôt le château d'Oron en vue, vous avez bu aux mamelles de l'Instruction publique zurichoise. Vous procédez de deux cultures et nul mieux que vous ne pouvait être entendu en Suisse, alémanique autant que romande, freinant l'une et poussant l'autre.

Ceux qui ont voulu que vous soyez entre leurs mains un docile instrument l'avaient-ils oublié? A peine entré en journalisme, vous avez signé avec un confrère un livre qui, s'il l'a secrètement ravi, n'a publiquement pas enchanté votre père puisque vous y mettiez sur la sellette son puissant concurrent, le Crédit Suisse. Fils affectueux mais ayant de qui tenir pour l'indépendance d'esprit, vous avez heureusement déçu ceux qui vous voyaient déjà valet de plume.

Rédacteur en chef, vous refusez d'être chef du service rédactionnel d'une entreprise de presse. Ce refus est à votre honneur et à celui d'une fonction qui devrait être partout le rempart de la liberté de l'esprit contre l'asservissement de l'argent. Merci pour l'exemple. Je vous souhaite, mon cher confrère, un bel avenir,

François Gross

François Gross, journaliste,

ancien rédacteur en chef de «La Liberté»

ancien rédacteur en chef de Radio suisse internationale




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