« Infrarouge », ou la faillite du journalisme politique
Mis en ligne le 24.11.2011 à 11:39
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On se réjouissait de voir les quatre candidats socialistes s’exprimer à l’émission « Infrarouge » de la TSR, animée par Esther Mamarbachi. C’était l’occasion pour le grand public de faire plus ample connaissance avec ces quatre fortes personnalités que sont le Vaudois Pierre-Yves Maillard, le Fribourgeois Alain Berset, le Valaisan Stéphane Rossini et la Tessinoise Marina Carobbio. L’occasion surtout de découvrir les différences dans leur ligne politique. Quelle cruelle déception ! A la 51e minute de cette émission d’une heure, un Pierre-Yves Maillard visiblement excédé a magnifiquement résumé les choses : « Mais Mme Mamarbachi, quand va-t-on enfin parler de politique » ?De politique, on en a parlé tout juste un quart d’heure. Et encore ! Durant dix minutes, les candidats n’ont fait qu’exposer très brièvement leurs priorités politiques, qui sont toutes à peu près les mêmes : le social, l’introduction d’un salaire minimum, une caisse-maladie unique. L’émission n’a été intéressante que durant cinq minutes, lors du petit débat consacré à l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Pierre-Yves Maillard y est favorable, contrairement aux trois autres.Pour le reste, « Infrarouge » s’est complu dans les clichés. Alain Berset est « hypercompétent, mais lisse et insaissable » et Pierre-Yves Maillard « profilé, mais dogmatique ». Comme s’il fallait en rajouter, l’invité Marc Comina – un ancien journaliste qui s’est reconverti dans le consulting – a justifié la présumée social-démocratie d’Alain Berset par le simple port d’une cravate, ce qui a provoqué un débat de sept minutes ! Dépité, Alain Berset a fini par se demander si tous ces clichés ne relèvent pas de la « paresse journalistique ». En l’occurrence, on ne pouvait que lui donner raison.« Infrarouge » a touché le fond lorsqu’elle a voulu tester les candidats sur leurs connaissances d’allemand. Question intéressante en soi, mais hors contexte lorsqu’elle se transforme en piège tendu artificiellement sur un plateau de télévision romand. Une chose est sûre : sur la base des quatre mots qu’elle a prononcés dans la langue du Goethe, l’animatrice a plus de progrès à faire que les quatre candidats !Cet « Infrarouge » a incarné la faillite du journalisme politique ce mardi. Si le service public qu’est la TSR ne parvient pas offrir au grand public une émission lui permettant de se forger une opinion claire sur les quatre candidats, alors il ne faut surtout pas introduire l’élection du Conseil fédéral par le peuple ! MG
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