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Livre
Un Kennedy sinon rien

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 05.10.2011 à 17:18

«Cet instant-là», son livre le plus personnel, pose l’Américain comme le grand écrivain populaire qu’il est désormais.

 

Vous rangez encore Douglas Kennedy au rayon des romans à l’eau de rose? Vous le confondez avec Harlan Coben, l’autre pur-sang du thriller américain de l’écurie Belfond? Grave erreur. Douglas est un pessimiste de la pire espèce. Il colporte de livre en livre l’idée que l’amour ne dure pas.

Que l’on peut être malheureux toute sa vie. Que l’on fait des erreurs et qu’on les paie. Que si le mariage est une prison, la solitude aussi. La preuve par son nouveau livre, Cet instant-là, qui confirme la place non usurpée de grand écrivain populaire que l’Américain, boudé dans son pays, occupe désormais dans le reste du monde et ce depuis le succès de L’homme qui voulait vivre sa vie en 1998, capable d’intéresser autant Gala que Le Monde, Paris Match ou le magazine Lire.

Un matin, Thomas Nesbitt, écrivain newyorkais quinquagénaire fraîchement sorti d’un mariage décevant, reçoit un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent. De longues années auparavant, en pleine guerre froide, Thomas avait posé son sac de routard à Berlin, fasciné par la blessure ouverte de la ville.

Pigiste à Radio Liberty, la radio de propagande américaine, il y avait rencontré Petra Dussmann, Ossie réfugiée à l’Ouest après avoir été chassée par les services secrets. C’est le coup de foudre. Thomas est bouleversé par l’histoire dramatique et ordinaire que lui raconte Petra. Mais il ne saura l’entière vérité que vingt ans plus tard, lorsque Berlin ne sera plus qu’un souvenir, via un paquet posté d’Allemagne.

De villes en fuites. Reconstitution vivante du Berlin d’avant la chute du Mur, roman d’espionnage autant qu’histoire d’amour romanesque, Cet instant-là est le livre le plus complexe de Kennedy depuis l’ambitieux La poursuite du bonheur, qui plongeait dans l’Amérique de l’après-guerre minée par les années noires du maccarthysme. C’est un récit implacable: pas de happy end, aucune réparation possible. Thomas a beau se retourner sur son passé, il est tombé avec le Mur.

Cet instant-là est un concentré de Douglas Kennedy, un pied dans le monde littéraire et l’autre dans le monde populaire, bien décidé à mélanger les deux. Douglas Kennedy utilise comme personne aujourd’hui les villes et les frontières visibles ou invisibles qui les traversent.

Tout comme New York était nécessaire à L’homme qui voulait vivre sa vie, aux Désarrois de Ned Allen et à La poursuite du bonheur, Londres à Une relation dangereuse ou Paris à La femme du Ve, Berlin est au cœur de l’intrigue. La culpabilité, sentiment autour duquel Kennedy rôde de livre en livre – de vivre, d’aimer, d’avoir grandi dans un mariage raté, de n’être pas heureux –, est au cœur de la vie de Thomas Nesbitt, qui ne se pardonnera jamais Berlin.

Nesbitt, double de l’auteur, qui lui inspire ses réflexions les plus intimes sur la place des écrivains dans le monde. Et fait de la fuite un mode de fonctionnement, tout comme Kennedy, citoyen du monde, grandi à New York mais parti en Irlande à 20 ans puis semant des maisons entre Paris, Berlin et le Maine comme un Petit Poucet chassé par ses parents. «Eloge de la fuite» – c’est d’ailleurs le titre du documentaire qui lui a été consacré en 2008 par Armelle Brusq.

Marié de 1985 à 2009 à Grace Carley, conseillère politique à Londres, deux enfants, Douglas Kennedy a troqué sa chambre de bonne dans le quartier Latin à Paris pour un appartement près du canal Saint-Martin dans le XIe arrondissement. Il dit qu’il est célibataire et heureux. Que son métier est de poser des questions et non d’apporter des réponses, sinon il se serait fait curé.


«Cet instant-là». De Douglas Kennedy. Belfond, 300 p.





Douglas Kennedy
Kennedy. Pour l'amour de Jane (30.04.2009)
Kennedy Pour l’amour de Jane (30.04.2009)


Tags: Douglas Kennedy, écrivain populaire, littérature américaine, Cet instant-là,

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