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Par Peter Bodenmann - Mis en ligne le 12.09.2012 à 13:51 |
Cher Monsieur le directeur des CFF Andreas Meyer,Vous êtes le nouveau CEO des CFF. Et un stakhanoviste qui ne cesse de chambarder l’entreprise. Certains aiment ça, d’autres pas. Votre président du conseil d’administration est l’ancien patron de La Poste Ulrich Gygi. Et à Berne, au DETEC, c’est Peter Füglistaler qui tire les ficelles. Ensemble vous suivez une stratégie que personne n’a encore vraiment comprise. Elément 1: le trafic des passagers sur le rail augmente sans relâche. D’une manière ou d’une autre. Elément 2: les prix peuvent et doivent être augmentés chaque année de façon réellement massive, de manière tout à fait indépendante du renchérissement et de l’évolution de la conjoncture. Elément 3: de cette manière, la Confédération et les cantons peuvent peu à peu payer moins pour les CFF. Au bout du compte, les contribuables riches se trouvent ainsi soulagés, tandis que les pendulaires aux petits et moyens revenus sont accablés. A court terme, votre schéma commun a fonctionné. Les gens ont avalé les incessantes hausses de prix. Ils ont quand même utilisé le train de plus en plus souvent. Personne n’a protesté. Surtout pas les conseillers nationaux et aux Etats qui se déplacent avec un abonnement général gratuit. Le Surveillant des prix et les protecteurs des consommateurs sommeillaient aussi. La population de la Suisse s’accroît année après année de 60 000 à 80 000 habitants. Nous faisons partie des régions de croissance de l’Europe, un peu comme le Grand-Munich. Bien que, chaque année, davantage de gens habitent la Suisse, y travaillent et y font les pendulaires, vous perdez aujourd’hui déjà une masse de passagers, au moment même où une récession ne fait que commencer. Votre concept des hausses de prix permanentes fonctionne, mais tout autrement que ce que vous aviez imaginé à Berne: le nombre de passagers diminue. Du coup, les recettes des CFF n’augmenteront donc pas en 2012, malgré de brutales hausses de prix. Au lieu de nouveaux trains combles, vous aurez bientôt des trains encore moins occupés. Et les embouteillages vont se multiplier sur les routes. S’il existait en Suisse quelque chose comme une opposition sociale qui parie sur l’innovation, un large débat eût été initié depuis longtemps. Grâce au franc fort, les CFF peuvent acheter les nouvelles compositions à des prix toujours plus avantageux. Ce nouveau matériel roulant peut transporter beaucoup plus de passagers par train. Et ces trains de la nouvelle génération consomment quand même moins d’énergie que les anciens. Des systèmes de pilotage moderne permettront bientôt une exploitation entièrement automatisée. Si au cœur du problème il n’y avait pas la réduction progressive des contributions de la Confédération, tout cela devrait, au fond, conduire à des baisses de prix en termes réels. Pas à des hausses en termes réels. A l’heure actuelle, pour ce qui est des CFF, les habitants de la Suisse votent avec leurs pneus. Ils passent du rail à la route, pas l’inverse. A cet égard, il se pose deux questions fondamentales: A l’avenir, seuls les hauts revenus pourront-ils encore se permettre de voyager en train? Combien de parts de marché pourrez-vous perdre encore avant de corriger votre politique des prix en hausse incessante? Vous êtes pris au piège – et cela n’a pas encore été beaucoup évoqué. Car vous devriez trouver tout de suite une réponse à la question de la défaillance de la demande. D’autant que la récession qui s’annonce aggravera fortement vos problèmes. Or, en lieu et place vous entendez continuer à augmenter les prix. Je vous souhaite néanmoins tout de bon, à vous ainsi qu’aux CFF. PETER BODENMANN |









