Mister President,
Votre élection a suscité de grands espoirs et l’on s’est promis que votre victoire impressionnante serait suivie de progrès social.
Fini les cadeaux fiscaux aux riches, moins de Wall Street et plus de Main Street, la transformation écologique comme moteur de croissance pour les USA, le diktat remplacé par le partenariat dans les relations avec d’autres pays, et une paix équitable entre les Israéliens et les Palestiniens.
Pourquoi vous laissez-vous influencer par ce lobby du pétrole qui soutiendra de toute façon les républicains?
Tout cela serait la composante d’une société plus ouverte et plus démocratique, dans la logique obamienne du «Time for Change».
Après deux ans de gouvernement Obama, on en est diablement éloigné. La colère contre votre gouvernement monte. Ce n’est pas la gauche déçue qui mobilise, mais la droite radicale, et les républicains gagnent les élections. Une Sarah Palin, tout imprévisible qu’elle soit, gagne continuellement en poids politique.
Et voilà que vient s’ajouter à tout cela Wikileaks, qui dévoile le visage hideux de l’Oncle Sam, même à l’ère du président Barack Obama et de sa ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton.
Les riches continuent d’engranger les cadeaux fiscaux. Au lieu de payer les frais de leur crise, ils s’enrichissent sur le dos de cette minorité d’Américains dont le revenu réel baisse sans arrêt.
Quant à la transformation écologique, on voit peu de chose bouger, voire rien du tout. Au contraire: en coulisse, avec les Chinois, vous avez empêché à Copenhague tout progrès possible. Le protocole de Kyoto continue d’être et restera lettre morte.
Le retrait d’Irak n’a dans les faits pas du tout eu lieu et la guerre d’Afghanistan est perdue depuis longtemps. Avec vos promesses de retrait sans cesse renouvelées, vous essayez de dissimuler la réalité aux yeux du monde, avec un succès toujours plus mince.
Aujourd’hui, vous ne voulez même plus condamner verbalement les Israéliens, qui continuent leur colonisation contraire au droit dans les territoires occupés.
Et vous faites chasser le fondateur de Wikileaks comme un chien galeux par vos agents et vos alliés, bien que Julian Assange nous permette à tous de jeter un coup d’oeil derrière les coulisses de ce pouvoir qu’autrefois, vous vouliez briser.
Franchement, je n’attendais pas autre chose de votre part. Mais pour vos électrices et vos électeurs autrefois enthousiastes, vous devriez répondre à une série de questions:
Pourquoi n’avez-vous pas dénoncé la crise financière de manière conséquente comme une «crise Bush», immobilisant ainsi la droite?
Pourquoi vous laissez-vous influencer par ce lobby du pétrole qui soutiendra de toute façon les républicains?
Pourquoi continuez-vous le travail commencé par Bush dans les deux guerres d’Irak et d’Afghanistan, en dépit du fait qu’elles soient toutes deux perdues?
Pourquoi n’encouragez-vous pas enfin les énergies éolienne et solaire, dans lesquelles des progrès prodigieux ont eu encore lieu ces deux dernières années?
Pourquoi n’utilisez-vous pas les révélations de Wikileaks pour introduire une nouvelle culture? Pourquoi ne proposez-vous pas le dissident Assange pour le prix Nobel de la paix?
Pourquoi ne mettez-vous pas Hillary Clinton sous pression, afin qu’elle trouve enfin une solution avec et pour les Palestiniens?
Vous ne répondrez pas à ces questions face à vos électeurs, mais vous espérerez que les républicains désignent Sarah Palin. Afin que, lors des prochaines élections présidentielles, les républicains mesurés votent Obama. Car vous représentez mieux leurs intérêts qu’une Sarah Palin imprévisible. Vous emboîteriez ainsi le pas à Bill Clinton, qui a opéré avec succès une volte-face comparable.
Peut-être vos adeptes ont-ils seulement, dans le premier élan d’enthousiasme, mal compris le sens de votre slogan de campagne «Time for Change».
Impatient d’observer de loin la suite des événements, je vous adresse mes salutations respectueuses.
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