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Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 11.07.2012 à 13:00 |
A près la dépénalisation du cannabis souhaitée par Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, le gouvernement socialiste français se prend les pieds dans un autre serpent de mer: l’abolition de la prostitution. Une petite phrase lâchée par la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem dans Le Journal du Dimanche le 24 juin – «Mon objectif, comme celui du PS, c’est de voir la prostitution disparaître» – et les chiens étaient lâchés. Premier acte: à Lyon, Marseille, Paris, à l’appel autant du Strass, le Syndicat du travail sexuel, que d’Act Up, des prostituées manifestent contre le projet de pénalisation des clients avec le slogan: «Vouloir la disparition de la prostitution, c’est vouloir la disparition des putes. Nous ne nous laisserons pas faire.» La petite phrase de la porte-parole du mouvement de Lyon, Karen, 45 ans, vingt ans de prostitution, fait le tour des médias: «Nous, on ne fait pas des passes au Carlton à 2500 euros. Dans nos camionnettes, c’est entre 20 et 50 euros. Il faut penser aux gars qui ne gagnent pas beaucoup et qui ont droit à leur petit plaisir aussi.» Deuxième acte: interrogé, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, tout en «comprenant» que Najat Vallaud-Belkacem puisse «ne pas admettre la prostitution», juge son interdiction «compliquée» et rappelle que François Hollande, déjà réticent à l’idée de pénaliser le client, avait de plus émis durant la campagne son intention de supprimer le délit de racolage passif, existant mais peu appliqué. Troisième acte: une dizaine de personnalités féministes, de la philosophe Sylviane Agacinski à la cinéaste Coline Serreau en passant par la politicienne et ancienne prostituée francogenevoise Nicole Castioni (lire ci-dessous), signent sur le site Mediapart une tribune titrée «Abolitionnistes, donc pour la liberté et l’égalité» prenant la défense de la ministre Belkacem. A voir si la pause estivale aura raison de ces fausses bonnes intentions cachées sous un mauvais combat politique.
Deux suissesses impliquées dans la polémique
NICOLE CASTIONI Politicienne socialiste franco-suisse, auteure du «Soleil au bout de la nuit» (Albin Michel)
«J’ai signé la tribune de soutien à l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem publiée sur Mediapart sur invitation de Caroline de Haas, membre fondatrice de l’association Osez le féminisme et conseillère de la ministre des Droits de la femme. Je pense que l’abolitionnisme est une conception philosophique: la prostituée est une victime dans 90% des cas en France à travers la traite des êtres humains. En conséquence, toute forme d’exploitation est répréhensible, comme le stipule la loi sur le proxénétisme. Je suis pour la pénalisation du client si l’on applique le principe que le corps d’une personne est inaliénable. Il est exact de dire que, si le client est pénalisé, les prostituées seront conduites à des formes de clandestinité, ce qui est une façon hypocrite d’interdire la prostitution… Le modèle des pays du Nord est à étudier avec attention. Il faut faire un état des lieux en France, écouter les prostituées, les associations. Car le lien est fort entre la crise économique et la prostitution, et la prostitution ne doit pas être une alternative à la précarité. Jamais la prostitution n’a été aussi importante, nous ne pouvons pas rester passives. Je ne crois pas que la vraie question est de savoir si un monde sans prostitution est possible ou pas, mais si un monde sans soumission, sans traite d’être humain l’est. Et l’esclavage a été aboli.»
LISA VENUSIA Patronne du salon érotique le Venusia, Genève, auteure de «Portes ouvertes sur maison close» (Grasset)«Je suis allée manifester samedi à Paris avec le Strass, le Syndicat du travail sexuel. C’est la première fois que je vais à une manifestation, mais c’est aussi la première fois que je me reconnais dans leurs revendications en tant que femme et prostituée. La situation des filles, qui en France sont déjà tout juste tolérées, est malsaine. Elles ne savent pas sur quel pied danser, craignent de voir leur gagne-pain leur être enlevé si on pénalise le client, ou de devoir se cacher. De quel droit une ministre nous obligerait à devenir caissière ou secrétaire? Notre qualité de vie ne la regarde pas. Cela la regarderait si nous devions vivre aux crochets de la société, mais ce n’est justement pas le cas. En ce qui concerne les victimes de réseaux, que l’Etat s’attaque aux réseaux eux-mêmes pour sauver les vraies victimes et laisse travailler les autres. Pour sauver quelques filles, une ministre va pénaliser tout le système, toutes les filles. Personne ne vit la même activité de la même façon. Je souhaite aux filles en France la même chose que pour les filles en Suisse, qu’elles puissent vivre dans une certaine indépendance et reconnaissance de leur activité. Un monde sans prostitution est illusoire: l’humain étant ce qu’il est, il aura toujours besoin d’une possibilité de défoulement, de compensation.» |









