Cher Christoph Blocher,
Nous les vieux, à l’école, nous apprenions encore la règle de trois. Ceux qui n’obtiennent que 103 voix sur 245 ne peuvent jamais, au grand jamais, exiger unilatéralement 4 des 7 sièges au Conseil fédéral et les obtenir.
C’est pourquoi il était clair dès le début que l’UDC et sa chaloupe du PLR ne pourraient jamais, au grand jamais, revendiquer ensemble quatre conseillers fédéraux. Tout simplement parce que, lors des dernières élections, ils ont perdu ensemble 5% des voix et, par conséquent, 16 sièges. On n’offre pas de fleurs aux perdants.
En matière d’arithmétique, nul ne saurait vous faire prendre des vessies pour des lanternes, Christoph Blocher, sans quoi vous ne seriez pas milliardaire. Et en matière de jeu de cache-cache, vous êtes aussi un champion du monde: un an durant, vous avez nié détenir une participation financière à la Basler Zeitung.
Ce mensonge était sacrément articulé: derrière l’homme de paille numéro un, Moritz Suter, se tenait l’homme de paille numéro deux, Marcel Ospel. Ce Marcel Ospel, justement, qui avait soutenu votre candidature au Conseil fédéral. Et aux épousailles duquel vous avez dansé avec plaisir. Le prêt de Marcel Ospel dissimulait votre fille. La femme de paille numéro trois.
Moritz Suter est juste un grand bavard indécrottable. C’est pourquoi il a fallu revoir toute la mise en scène du théâtre de marionnettes bâlois. Vous reprenez tout de suite tous les déficits d’une imprimerie surdimensionnée et par conséquent déficitaire. Celui qui participe à la nouvelle pièce de théâtre n’encourt ainsi pas de risque. C’est pourquoi le vieux pingre Tito Tettamanti est à nouveau de la partie. C’est pourquoi Filippo Leutenegger est le nouveau CEO. Et c’est pourquoi une quantité de pseudo-libéraux-radicaux – de Marina Masoni à Hans Rudolf Gysin – ont aussi embarqué sur le navire.
Vous ne vouliez pas d’un second siège pour l’UDC. Car vous n’auriez pu l’avoir qu’aux dépens des libéraux-radicaux. Et cela aurait signifié que l’UDC était dans le gouvernement mais sans majorité de gouvernement. Pas une affaire!
Rien n’aurait davantage nui à votre politique ces prochaines années que deux conseillers fédéraux. Vous appelez de vos vœux une crise économique profonde et entendez en tirer un profit politique. Cela ne marche que si vous n’êtes pas ostensiblement partie prenante du pouvoir politique. Et que vous pouvez en outre vous faire passer pour la victime d’une prétendue majorité de centre gauche. Désormais, vous comparez votre destin avec celui des Juifs. Une provocation infâme dans la tradition du raciste Le Pen.
Pour faire bonne mesure dans ce Théâtre Guignol, vous avez présenté deux opportunistes issus de vos rangs et vous les avez politiquement grillés. Marionnette numéro un, Bruno Zuppiger a été remis au placard. Marionnette numéro deux, Hansjörg Walter n’a guère connu un sort meilleur. Tous deux se retrouvent Gros-Jean comme devant dans le paysage politique. Personne ne pourra plus les prendre au sérieux. C’était aussi le but de l’exercice.
A vous, il ne faut pas créer de problèmes. Comme Claude Longchamp l’a souligné dans l’émission Arena, vous avez fait tout juste. Pourtant, vos opposants se réjouissent. Et il faut vous poser les questions décisives:
• Pourquoi au monde estampiller ce gouvernement du tampon centre gauche, alors même que Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf continuent à prôner une redistribution de bas en haut?
• Comment pensez-vous réaliser la sortie de l’énergie nucléaire? La sortie du nucléaire échouera-t-elle aussi lamentablement que le transfert des poids lourds sur le rail a lamentablement échoué en dépit d’un mandat constitutionnel?
• Qui y a-t-il dans ce nouveau gouvernement de centre gauche pour donner le tour de vis nécessaire aux mesures d’accompagnement afin d’empêcher une pression inutile sur les salaires?
• Rira bien qui rira le dernier. Se peut-il que vous vous soyez réjoui trop tôt?
Je me trompe peut-être. Peut-être avons-nous effectivement, désormais, un gouvernement de centre gauche qui résout les problèmes au lieu de créer des problèmes.
Dans cet esprit – et avec un peu de retard – bonne année!
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