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A Clarens, la clinique low-cost

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 09.04.2009 à 06:00

Santé. Le Centre indépendant de chirurgie de Clarens opère pour 40% du prix pratiqué par les hôpitaux publics. Pour cela, il a renoncé aux urgences et aux soins intensifs.

Le calcul est vite fait: à 9500 francs la prothèse de la hanche, les prix du Centre indépendant de chirurgie (CIC) de Clarens sont imbattables. Les hôpitaux publics font payer la même opération 15000 francs. «Nos tarifs se situent au niveau de ceux de l’Espagne», précise Javier Dominguez, anesthésiste et cofondateur du CIC.

L’établissement privé, ouvert en avril 2007 par quatre ex-médecins d’hôpitaux, parvient à pratiquer de tels tarifs car il a renoncé à se doter d’un plateau technique complet (urgences, soins intensifs), très coûteux. «Cela reviendrait à rouler toute l’année en 4x4 à Lausanne, au cas où il neigerait, souligne t-il. Pour le type d’interventions que nous pratiquons, la probabilité que des complications surviennent est très basse.»

Le CIC économise aussi en évitant les frais de formation et de recherche inhérents aux établissements publics. Enfin, il utilise une technique peu invasive pour les opérations de la hanche, qui lui permet de renvoyer les patients chez eux trois jours après l’opération, contre une semaine ailleurs.

Le centre, qui a traité 1500 patients en 2008, dont 30% pour des opérations lourdes (chirurgie spinale ou orthopédique), est unique en Suisse: «Nous nous sommes engouffrés dans une zone grise de la loi, explique Javier Dominguez. Nous facturons nos interventions selon le tarif Tarmed, prévu pour l’ambulatoire. Si le patient doit passer une ou plusieurs nuits chez nous, nous les lui faisons payer à part, 90 francs.» Considérées comme des nuits de «confort», elles ne sont pas remboursées par l’assurance de base. Mais il s’agit des seuls frais encourus par le malade, contrairement à ce qui se passe dans les autres cliniques privées, très coûteuses pour les assurés de base.

Une pratique «discutable» pour le conseiller d’Etat vaudois en charge de la Santé Pierre-Yves Maillard: «Si le patient passe la nuit au CIC et que le traitement reprend le lendemain, il s’agit clairement d’une prise en charge stationnaire, qui ne peut pas être facturée comme de l’ambulatoire.» Les tensions sont également vives avec l’hôpital de la Riviera. «Il est facile de dire qu’on est meilleur marché lorsqu’on ne forme personne, s’emporte son patron, Jean-François Brunet. De même, un hôpital public, qui doit accueillir tout le monde, même les cas les plus difficiles, aura forcément des frais plus élevés qu’un établisse-ment privé, qui choisit ses patients.»

Mais au-delà du cas du CIC, ses promoteurs se perçoivent comme les précurseurs d’un système hospitalier à deux vitesses, où les cas lourds, la recherche et la formation seraient concentrés dans un petit nombre d’établissements universitaires, alors que les opérations bénignes ou prévues à l’avance seraient prises en charge par de petites structures légères et décentralisées. Une manière de contrôler l’explosion des coûts de la santé et de régler l’épineux problème de la planification hospitalière. «Certaines pathologies, comme les appendicites ou une opération du ligament croisé sur un jeune de 20 ans, ne requièrent pas les structures et l’expertise d’un hôpital comme le CHUV, estime Javier Dominguez. Les utiliser pour cela, c’est du gaspillage.»
 
Dédommager l’hôpital. «On ne peut pas demander à l’Etat de ne conserver que ce qui coûte le plus cher, tout en sous-traitant aux privés ce qui est routinier, planifiable et rentable», rétorque Pierre-Yves Maillard. Pour que ce système soit juste, les structures low-cost comme le CIC devraient intégrer dans leurs charges les coûts de la formation et des services d’urgence assumés par les hôpitaux publics.

Le nouveau financement hospitalier, qui entre en vigueur en 2012, poussera de toute façon le système dans cette direction, en obligeant tous les hôpitaux à pratiquer les mêmes prix (forfaits par diagnostic) et en les mettant en concurrence avec les établissements privés, juge de son côté Bernhard Wegmüller, directeur de l’association faîtière H+. «En Allemagne, où ce système existe déjà, on a constaté que les hôpitaux périphériques se spécialisaient naturellement dans certains types d’interventions, pour lesquelles ils acquéraient une forme d’expertise.»




Tags: Clinique, Clarens, Low-Cost, Chirurgie, Centre indépendant,

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