Décryptages
À l’épreuve de la démocratie
La décision du premier ministre grec de soumettre à référendum, d’ici à 2012, l’accord européen conclu la semaine dernière a déclenché une vague de panique aux corbeilles. Plusieurs semaines avant de savoir si les Grecs diront «oui» – ou, pire, s’ils choisiront le «non» – semblent une insupportable attente à l’aune du temps des salles de marchés.
Or, l’accord en question prévoit tout de même l’effacement de la moitié de la valeur des obligations souveraines helléniques et, de ce fait, une chute sensible de la valeur des assurances vie, des fonds de pension et autre épargne individuelle des Grecs eux-mêmes; ainsi que des portefeuilles de leurs banques qui devront être recapitalisées sous peine de faire faillite en série.
Certes, se passer du soutien européen pourrait conduire à un scénario encore pire pour la population. Reste que lui demander son avis semble la moindre des choses en démocratie. Et choisir la voie du référendum plutôt que celle de l’accord des parlementaires revient à demander à l’ensemble des Grecs s’ils sont d’accord avec les décisions prises par les dirigeants européens.
Alors que l’on a salué ces derniers temps la maturité de la démocratie allemande contraignant la chancelière à revenir régulièrement s’expliquer devant le Parlement, refuser aux Grecs le droit de se prononcer sur ce qui les concerne au premier chef reviendrait à accepter une Union européenne à démocratie variable, où seuls les pays les plus forts s’accorderaient le luxe de débattre en toute transparence des choix d’avenir de toute la zone euro.
Même si les marchés deviennent nerveux à l’épreuve de la démocratie, voire si quelques banques européennes se trouvent d’ici peu en grande difficulté ou que d’autres pays que la Grèce deviennent l’objet de défiance quant à leur capacité à faire face à leur dette, en participant massivement au référendum sur l’accord européen – et, dans l’idéal, en l’approuvant –, les Grecs rendraient un fier service à l’Union européenne.
Ils imposeraient un cinglant démenti aux populistes de tous bords affirmant que cette communauté ne suit que la loi des plus forts au détriment des petits pays, ou aux démocrates d’opérette taxant déjà le chef du Gouvernement grec d’«irresponsable». Le pays berceau de la démocratie peut bien faire ce cadeau à l’Union européenne.
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