LIVRES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

JONAS: Lithographie du XIXe siècle. Dans L’appel de l’ombre, Thérèse Delpech consacre de belles pages à ce personnage biblique qui vécut trois jours et trois nuits dans les entrailles d’une baleine
Collection Kharabine - Tapabor

HOME > CULTURE > LIVRES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Livre
A l’ombre de la raison raisonneuse

Par Michel Audétat - Mis en ligne le 01.09.2010 à 14:42

Spécialiste des politiques de sécurité, Thérèse Delpech lit aussi Homère ou Shakespeare. Elle publie un essai qui incite à se méfier de la raison ivre d’elle-même.

La plupart du temps, Thérèse Delpech planche sur d’épineuses questions qui touchent à la dissémination nucléaire, aux menaces terroristes et, de façon générale, aux politiques de sécurité dont dépend notre avenir. Chercheuse au CERI et directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), elle est assez familière des missiles balistiques pour distinguer au premier coup d’oeil le Shahab-3 iranien du Taepodong nordcoréen.

On l’imagine vivre dans un univers intellectuel où la raison doit être sévèrement corsetée: quand on manipule des matières aussi atomiques et dangereuses, il est sans doute préférable de ne pas trop céder aux puissances de l’irrationnel.

Le sens de l’énigme. On est donc surpris de découvrir sous sa plume un livre qui fait la part belle à l’irrationnel. Une idée court à travers la suite d’essais qui composent L’appel de l’ombre: on connaît les dangers de tout ce qui déborde la raison, mais on sous-estime l’horreur d’un monde qui voudrait se réduire à l’exercice de la raison raisonneuse. Il est impérieux que la conscience humaine conserve le «sens de l’énigme». C’est un thème que Thérèse Delpech module en changeant d’époques, de personnages, de voix; et son ouvrage file sur un air de fugue.

De toute évidence, l’auteure ne lit pas que des traités de balistique. L’appel de l’ombre est un livre où l’on croise Homère, Sophocle ou Shakespeare: Thérèse Delpech en a une connaissance si intime qu’elle se promène dans leurs textes aussi familièrement que dans son jardin. Philosophe de formation, elle lit aussi les psychanalystes, tantôt Freud, tantôt Jung, et les suit à travers le continent obscur qui s’étend audelà du moi rationnel.

Visions, rêves et mystères. Ces essais sont d’une écriture ferme, précise, élégante et dénuée de graisse. On s’arrête sur les hallucinations du guerrier Ajax qui massacre bœufs, moutons et chèvres en croyant tuer les Atrides. On s’interroge sur le miracle qui permet à Jonas de convertir les Assyriens de Ninive. On entre dans la folie du roi Lear. Visions, récits miraculeux, mythes, présages, prophéties, rêves, mystères... Chacun de ces textes s’aventure sur des territoires qui bordent la raison et communiquent avec elle.

Un des chapitres les plus subtils est celui consacré à Hamlet et à sa folie raisonneuse: «Hamlet raisonne trop. Il ne fait même que cela, raisonner, vidant ainsi le monde de sa substance.» Ivre d’elle-même, la raison dessèche la vie, alors que l’activité scientifique, à l’inverse, peut parfois être fécondée par l’irrationnel: au milieu du livre, un «intermède» en sept fragments raconte notamment que Constantin Tsiolkovski, «le père de l’aéronautique moderne», était si convaincu de l’existence d’un monde où vivraient les morts ressuscités, qu’il passa sa vie à étudier les moyens permettant de s’arracher à la gravité terrestre et de s’y rendre.

Ce que souhaite Thérèse Delpech, c’est qu’on retrouve un nouvel équilibre avec ce besoin d’irrationnel qui appartient à la psyché humaine. Frustré, refoulé, ce besoin risque de revenir violemment, menaçant alors la paix du monde: au bout du compte L’appel de l’ombre ramène ainsi aux questions de sécurité qui sont le pain quotidien de Thérèse Delpech.

L’appel de l’ombre. Puissance de l’irrationnel. De Thérèse Delpech.

Grasset, 174 p. A paraître le 8 septembre.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.



Livres
 Bruckner au secours du mariage d’amour
 Hélène Becquelin
Il faut sauver le soldat mariage! Sous prétexte que dans «mariage d’amour», il y a «amour», 100% des couples mariés...
Livres
 Simone Oppliger : Images de racines et d'exils
HORLOGERIE Simone Oppliger a documenté le déclin de la civilisation horlogère avec «Quand nous étions horlogers». Ici, la fabrique Longines, à Saint-Imier.
Du blanc de l’hiver au blanc de l’absence, de la neige jurassienne qu’un train traverse au blanc des mouettes qui...
Livres
 «Il y a une analogie entre art et philosophie»
LUC FERRY L'ancien ministre de la Culture, philosphe et essayiste, appelle à un spiritualité laïque
"Apprendre à vivre" et "La sagesse des mythes" sont désormais édités en poche, et Luc Ferry, 59 ans, a fait...
Livres
 Pour ou contre Houellebecq?
 Daniel Mordzinski / Opale-Flammarion
Un excellent morceau de blues Christophe Schenk Il y a quelque chose du blues dans le dernier roman de l’auteur des Particules...
Livres
 Livre: Voisard qui murmure à l’oreille du Jura
DANS LES FORÊTS AIMÉES: Photographié par son ami Jacques Bélat Photographe Agence
Aujourd’hui quand on parle d’Alexandre Voisard, on évoque un poète sympathique, doux, affable avec les oiseaux et les abeilles. Un...