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La lettre ouvert de Charles Poncet
À Doris Leuthard

Par Charles Poncet - Mis en ligne le 27.01.2010 à 16:59

Madame la Présidente,

En lisière de votre année présidentielle, on est frappé par le peu de considération que le Gouvernement suisse actuel suscite dans le pays: toutes nuances politiques confondues, quels que soient l’origine sociale et le niveau de formation des interpellés, on n’entend que récriminations, brocards, lazzis et sarcasmes. On le doit en partie à une grotesque photographie de groupe: Jacques Pilet observait dans L’Hebdo que nos ministres y arborent les sourires niais de handicapés mentaux en course d’école, mais l’image à elle seule ne saurait tout expliquer.

De la présidente de la Confédération, on dit qu’après s’être essayée au rôle de Heidi im Bundeshaus pendant trois ans, elle atteindrait maintenant ses limites: n’ayant ni politique, ni idées originales, ni solutions, elle jouerait Her master’s voice, répétant d’un sourire gracieux ce que les milieux patronaux lui demandent de dire ou d’écrire.

Des deux autres femmes du gouvernement, on entend de l’une que sa caractéristique la plus remarquable serait une ressemblance frappante avec Edith Piaf – au talent près – alors que l’autre, velléitaire et brouillonne, aurait accompli l’étonnante gageure d’amener l’Helvétie à être autant abhorrée en Israël qu’en Libye, bilan paradoxal aux Affaires étrangères d’un pays neutre.

Du ministre des Transports on loue la vive intelligence et la culture, pour déplorer qu’en un règne battant en longueur celui de tous ses collègues européens, il ait mis ses belles ressources intellectuelles au service de rien. D’inaction en immobilisme, il chercherait avant tout à rester, tentant peut-être d’émuler à cet égard Fidel Castro, que comme d’autres, il admira jadis.

Du ministre des Finances on confesse qu’atteint dans sa santé, affaibli et sous tutelle d’un entourage féminin, il ne serait plus en prise avec une réalité qui le fatiguerait d’ailleurs s’il devait s’y frotter vraiment et que, soucieux avant tout qu’on le voie souriant à quelque ministre sur une photographie, il «gouvernerait» par des attachées qui lui cachent les mauvaises nouvelles.

Le ministre de la Défense, gage en principe de sang neuf, aurait, quant à lui, renoncé à son combat pour sortir l’armée suisse – jadis admirée de l’Europe – du déplorable état où l’ont réduite la chute du communisme et les cures d’amaigrissement que lui infligea une classe politique bien imprudente. Il attendrait son heure, dit-on, mais viendra-telle?

Du second nouveau venu enfin, parachuté dans le champ de mines qu’est le Département de l’intérieur, on murmure qu’il s’essaierait à une nouvelle stratégie politique: se faire oublier et disparaître de tous les écrans de radar, dans l’illusion qu’il éviterait ainsi les missiles politiques auxquels le destine en principe sa fonction.

Churchill voyait dans la démocratie le pire des systèmes politiques à l’exception de tous les autres et invectiver le gouvernement est sans doute une de ses composantes normales. L’aurea mediocritas d’Aristote – maxime voulant qu’en toutes choses le moyen terme fût préféré – pouvait aussi signifier qu’un gouvernement de braves gens vaudrait somme toute mieux pour le citoyen qu’une clique d’agités, d’histrions ou de doctrinaires. Il est vrai aussi qu’avant de rebondir, une démocratie doit toucher le fond du trou. C’est de l’abîme que ses citoyens sauront générer des dirigeants de qualité: pour que vint Roosevelt, il fallait Herbert Hoover, Bush pour Obama, Chamberlain pour Churchill et René Coty pour de Gaulle.

La Suisse donne aujourd’hui une impression d’impuissance générale. Sans crise majeure pourtant, elle s’érode, perd ce qui faisait son originalité, maltraite sa classe moyenne et l’appauvrit, pousse au cynisme ses citoyens et donne au monde goguenard le spectacle navrant d’une démocratie jadis témoin, qui s’effiloche vers la futilité. S’il est vrai qu’on ne change pas une équipe qui gagne, un renouvellement ne s’impose-t-il pas lorsque les joueurs encaissent des buts de toutes parts, au désespoir d’un public de plus en plus clairsemé? CHARLES PONCET

De la présidente de la Confédération, on dit qu’après s’être essayée au rôle de Heidi im Bundeshaus pendant trois ans, elle atteindrait maintenant ses limites.






Tags: Doris Leuthard, Charles Poncet,

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Réaction de slimnature
le 16.03.2010 à 13:18
Est ce que les affaires de Charles Poncet vont bien? Non, je...
 
Réaction de Moi mère d'un handicapé mental
le 16.02.2010 à 19:37
Propos révoltants mentionant les "handicapés mentaux". On se demande qui est handicapé...
 



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