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A gauche, une rose à la main. A droite, les banques dans la poche

Mis en ligne le 28.08.2003 à 00:00

Élections fédérales (I) Semaine après semaine, un canton romand après l'autre, Eric Felley suit la campagne de deux nouveaux candidats. Première étape: Vaud.

L'Hebdo; 2003-08-28

Élections fédérales (1) A gauche, une rose à la main. A droite, les banques dans la poche

Élections fédérales (I) Semaine après semaine, un canton romand après l'autre, Eric Felley suit la campagne de deux nouveaux candidats. Première étape: Vaud.

Le 22 août dernier, Clelia Savary, 9 ans, accompagne sa maman Géraldine au Lausanne-Moudon, où les socialistes vaudois présentent leur matériel de campagne pour les élections fédérales. On ne sait si la fille de la candidate au Conseil national connaît les règles du Monopoly, thème détourné dans une affiche qui demande justement d'en changer les règles. Pour l'instant, elle préfère les ballons et elle s'amuse bien. Dans un tout autre décor, à la buvette du Lausanne-Sports, le radical de Genolier Olivier Feller commence le long parcours du candidat radical dans les sections locales. Pétillant, volubile, il séduit ces dames dans des éclats de rire généreux. Quel que soit le parti, la campagne exige des émotions et de la bonne humeur.

La socialiste (35 ans) et le radical (29) n'auront plus beaucoup de temps libre pour la lecture des romans policiers et le piano. Un mois et demi de campagne assidue va les jeter sur les routes vaudoises, dans les sections, les salles de quartier et les médias. Pour ces deux jeunes «pousses», cette élection au Conseil national se présente sous de bons auspices et devrait couronner une vie déjà largement consacrée à la chose publique.

En 1999, Géraldine Savary a sans doute connu la plus courte élection de l'histoire vaudoise. Le dimanche 24 octobre au soir, elle était élue. Le lendemain, elle ne l'était plus. Le dépouillement tardif de trois bureaux de vote lausannois lui avait ôté le pain de la bouche. Pour 250 suffrages, elle cédait la place à Jean-Jacques Schwab. «Je ne suis pas comme Pascal Couchepin, sourit-elle, qui se vante de n'avoir jamais connu d'échec électoral. L'échec renforce, on s'endurcit. On prend les choses encore plus au sérieux, sans se prendre soi-même trop au sérieux.»

Votez compact Du sérieux, il y en a pourtant derrière ses yeux verts, ses taches de rousseur éparpillées comme des étoiles dans un ciel d'août et sa garde-robe où domine le noir élégant. Avec une pinte de sang gruérien du côté de son père, une pinte de sang français du côté de sa mère, elle s'est installée il y a dix ans à Lausanne, où son engagement politique l'a portée à la présidence du PS. Par ailleurs, six années passées comme rédactrice en chef de Domaine Public et depuis peu à L'Evénement Syndical confirment une ligne politique sans ambiguïté: défense du service public, aide à la famille ou droit du travail. «Jamais, affirme-t-elle, les pressions n'auront été si fortes sur le social, sur les retraités, les veuves et les chômeurs. Il faut garder une réelle indignation contre ces processus de démantèlement. Il faut combattre cette tendance à détruire tout ce que l'on a construit jusqu'ici.»

Cette campagne, elle l'attend donc de pied ferme, mais dans le respect et le fair-play pour ses dix-sept colistiers. Il y a quatre ans, la campagne en solo de Pierre Zwahlen avait créé la polémique. «Trop de personnalisation tue le militantisme», avait regretté alors Géraldine Savary. La base reprochait à l'électron libre d'utiliser «l'arme de l'adversaire». Cette année, les règles sont strictes: «Votez compact.» A défaut d'une égalité de notoriété, l'égalité des chances est assurée aux candidates et candidats. Seule marge de manoeuvre, la charte de campagne permet des envois personnalisés limités à quelque 200 personnes, une page internet et des tracts régionaux avec mention obligatoire des autres candidats. Et pas de compromission. Pour un budget d'environ 150 000 francs, le PS a refusé un «don» de 10 000 francs d'une entreprise. «Elle pourrait nous demander quelque chose en retour», se méfie Ada Marra, secrétaire du PS vaudois. Le budget n'est donc pas très élevé. Il est essentiellement axé sur un tous-ménages, tandis que, sur le terrain, les socialistes font confiance à la magie éprouvée de la rose fétiche qui sera distribuée par milliers.

Les chartes de campagne reflètent particulièrement bien le clivage politique. Solidarité et discipline à gauche, individualisme et liberté à droite. A 29 ans, le radical de Genolier Oliver Feller est déjà une forte personnalité. Il apparaît comme coulé dans le moule, comme s'il était né pour ce rôle de candidat de la droite vaudoise, malgré des origines bernoises. Elancé, fin, coiffure ondulée, costume et cravate classiques, l'homme tend la main comme s'il maniait le fleuret. A 22 ans, il était déjà président du Conseil communal, l'année suivante député au Grand Conseil, licencié en droit, trilingue français, allemand et anglais et, enfin, il excelle au piano, jouant Chopin, Brahms ou Rachmaninov. Sans aucun doute mérite-t-il le titre de «hot shot» (coup brûlant) octroyé par les Jeunes radicaux de Suisse aux dix meilleurs éléments de la nouvelle vague radicale.

Cumuler, c'est tracer Contrairement aux socialistes, les radicaux permettent une campagne personnelle sur tout le territoire du canton, il n'est pas interdit de faire des annonces dans la presse: «Les candidats radicaux ont souhaité une certaine liberté», relève-t-il. Un débat assez pointu a toutefois eu lieu sur la permission de suggérer le cumul «deux fois sur toutes les listes». Avec 18 candidats pour 18 fauteuils, cumuler, c'est forcément biffer. Les radicaux ont estimé qu'une interdiction pourrait nuire aux suffrages venant de l'extérieur: «Chaque voix apportée personnellement est une voix pour le parti.»

Pour la longue tournée des quelque 40 sections radicales du canton, Olivier Feller, secrétaire au Centre patronal vaudois, peut compter sur un comité de soutien bien doté par le monde économique de La Côte. Une trentaine de personnalités de la région de Nyon, dont Ernest Mörgeli, le directeur du Credit Suisse de la ville, et Pierre-Alain Rossier, le directeur de l'UBS, coachent moralement et financièrement le champion. Pas étonnant dès lors que la défense de la place financière suisse et du secret bancaire soit un thème prioritaire de sa campagne. Celle-ci est placée sous le signe de la sobriété et de l'engagement sur le terrain: «Je ne crois pas tellement aux gadgets, mais au travail sur la longueur avec des prises de position fortes.» Et parfois, il ne craint pas de surprendre par ses réflexions originales et paradoxales: «J'ai le sentiment que l'individualisme débouche naturellement sur l'étatisme, dans la mesure où ce sont les manquements, les abus, la déresponsabilisation à l'échelon individuel qui conduisent les pouvoirs publics à développer l'interventionnisme.»

Ces pensées contribueront-elles à maintenir les cinq sièges radicaux? Sur ce point, Olivier Feller ne fait pas de pronostic hâtif. L'exercice de la calculette n'est pas son fort: «La politique tacticienne ne m'importe pas vraiment et d'ailleurs j'avoue n'être pas très doué à ce jeu-là. La tactique est finalement limitée dans la portée. Je pense que les électeurs votent sur la base de convictions, d'émotions ou de circonstances.» Géraldine Savary ne se veut pas non plus une grande tacticienne, mais elle sait compter: «Si l'on prend les résultats de la dernière élection, c'est le POP qui est le plus près d'obtenir le nouveau dix-huitième siège accordé au canton, mais les Verts ont passablement progressé sur le plan cantonal, et le PS tentera également d'obtenir ce siège.»

Deux sièges vacants Après lui avoir brûlé la politesse, Jean-Jacques Schwab s'en va, tout comme Pierre Tillmans. La liste socialiste laisse donc deux fauteuils vacants. Cette fois, hommes et femmes se retrouvent sur une liste paritaire. Géraldine Savary peut espérer décrocher un siège derrière le trio sortant - Pierre-Yves Maillard, Marlyse Dormond et Pierre Salvi - qui paraît bien intouchable. Mais il faudra lutter. Avec en moyenne quatre réunions politiques par semaine, plus son travail à 80% et sa petite fille, elle n'aura plus beaucoup de place dans son emploi du temps pour la lecture assidue des romans policiers. Elle sacrifie beaucoup: «Depuis dix ans, je ne sais pas comment je fais.» Et ce n'est pas avec une élection au National que son taux d'occupation va baisser.

Quant à Olivier Feller, il estime très modestement que ses chances «ne sont pas nulles». Mais il sait qu'il devra compter avec une autre jeune et jolie étoile montante du parti, Isabelle Moret. |

«Il faut combattre cette tendance à détruire tout ce que l'on a construit jusqu'ici.»

Géraldine Savary, candidate socialiste au National

«J'ai le sentiment que l'individualisme débouche naturellement sur l'étatisme.»

Olivier Feller, candidat radical au National

Géraldine Savary

35 ans, une enfant de 9 ans, Clelia. Présidente du Parti socialiste lausannois, conseillère communale et rédactrice en chef de L'Evénement Syndical.

Le 22 août, Géraldine Savary présentait, au Lausanne-Moudon, les affiches de la campagne socialiste en compagnie de Roger Nordmann, également candidat au National.

Olivier Feller

29 ans, célibataire. Président du Conseil communal de Genolier, député radical au Grand Conseil et secrétaire au Centre patronal vaudois.

Le 20 août, Olivier Feller visitait la section radicale de la Pontaise au restaurant du Lausanne-Sports, en compagnie de Marlène Bérard, secrétaire des radicaux lausannois.

LA SEMAINE PROCHAINE: Valais, la campagne des réseaux

Nationalratswahlen 2003; Parlamentswahlen 2003




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