A Genève, Roberto Saviano
va ouvrir la Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation. Une préoccupation au cœur de son nouveau livre: «La beauté et l’enfer».
MÉDIAS. Les journalistes se contentent trop souvent d’interpréter le monde, nous dit en substance, Roberto Saviano, ce qui importe c’est de le transformer. L’auteur de Gomorra (Gallimard, 2007) croit au pouvoir de l’écriture: «Si j’ai jamais eu un rêve, écrit-il dans son nouveau livre, c’est que mes mots aient une influence, c’est de pouvoir démontrer que la parole littéraire peut encore avoir un poids, changer la réalité.» La beauté et l’enfer, qui paraît ces jours-ci en traduction française, peut être lu comme un manifeste contre le cynisme et la résignation.
A Genève, Roberto Saviano va ouvrir la Conférence mondiale sur le journalisme d’investigation qui débute le 22 avril. En Italie, explique-t-il dans un des textes de La beauté et l’enfer, le pouls de ce journalisme-là ne bat plus que très faiblement, alors que la Camorra affiche une santé insolente. Mais Roberto Saviano ne renonce pas à lui prêter les plus hautes ambitions: «Le journalisme d’enquête, écritil, devrait jouer le rôle d’intermédiaire entre la vérité judiciaire et la vérité historique.»
Le prix de cette vérité est parfois exorbitant. Roberto Saviano rappelle la mort de Giancarlo Siani en 1985, assassiné pour un article de 4000 signes qui n’avait pas plu au clan Nuvoletta. Et la mort de la journaliste russe Anna Politovskaïa à laquelle il consacre un très bel éloge.
Réunissant des textes écrits avant et après la fatwa camorriste, La beauté et l’enfer parle aussi bien de l’écrivain Isaac Bashevis Singer que du pianiste aux os de verre Michel Petrucciani, du festival de Cannes comme de la bête maffieuse qui pousse ses tentacules à Milan ou dans les Abruzzes. On est saisi par la gravité dense de cette prose. Par le démon de la vie qui l’habite et qui l’encourage à écrire encore et toujours, sans se résigner.
On est aussi touché par la petite musique qui traverse le livre. Un air mélancolique inspiré par sa terre dont il est éloigné. Une espèce de blues napolitain.
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Roberto Saviano, journalisme d'investigation, médias,
|
|