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LA LETTRE OUVERTE DE CHARLES PONCET
À Hansueli Raggenbass

Par Charles Poncet - Mis en ligne le 11.01.2012 à 11:55

Mon cher Hansueli,

Siégeant depuis 2001 au conseil de banque de la BNS et le présidant aujourd’hui, tu incarnes malgré toi un calamiteux système de prébendes, qui est en passe de réduire ce pays au rang de république bananière. L’arcane – parfois appelé «Filz» outre-Sarine – repose sur quatre piliers: le partage de l’assiette au beurre; le compagnonnage par intimidation réciproque; l’impunité assurée; le juridisme tatillon dissimulant le mépris total que les attributaires éprouvent pour autrui.

Les prébendes suisses sont divisées entre les quatre partis gouvernementaux: socialistes, radicauxlibéraux, PDC et UDC cohabitent dans les grandes régies – CFF, Poste, BNS, Fonds national de la recherche scientifique, SSR, grandes écoles, Pro Helvetia, etc. – l’un(e) présidant sans bruit, l’autre plus exposé comme directeur général; d’autres encore, simples potiches, prennent place à la table de bombance, muets, tenant d’une main reconnaissante la sébile à jetons de présence où s’entasseront les pistoles. Car il s’agit de récompenser les caciques des partis, voire d’acheter leur silence; leurs compétences, quand ils en ont, sont rarement décisives. Malgré des débâcles récentes – Swissair ou UBS pour ne parler que d’elles – l’arcane déploie toujours ses effets dans certaines entreprises, y compris, hélas, les médias suisses, dont la pusillanimité étonne à juste titre les rares étrangers qui s’y intéressent. Contagieuse, cette peste s’étend aux cantons et aux communes: services industriels, transports publics, banques cantonales ont au conseil des ganaches redevables à une allégeance partisane de la sinécure où elles se complaisent.

Un chantage réciproque et permanent cimente l’assemblage. Personne ne pourfendra le rentier de l’autre camp: fût-il incapable, voire félon, qu’il risquerait au plus des égratignures et la démission en douceur, chacun redoutant que, s’il se voyait chassé sans ménagement des verts pâturages où ses commensaux broutent à loisir, le résignataire ne troublât le confort général par quelque confession intempestive; voire qu’en représailles il n’ouvrît au vent du large les placards dont émaneraient à coup sûr de forts effluves de brie ou de schabziger propres à troubler la béate torpeur de la plus vieille démocratie du monde. Il est donc logique que tant de mésaventures suisses demeurent sans conséquences réelles: la camarilla qui en vit a lu la Bible et sait qu’à laisser impunément Samson secouer les colonnes du temple, l’édifice entier s’écroulerait tantôt sur la tête des philistins.

 

Tu incarnes malgré toi un calamiteux système de prébendes, qui est en passe de réduire ce pays au rang de république bananière.

 

Les troubles de la BNS illustrent le propos. Ancien conseiller national PDC, économiste, tu en es le président, restant expert fiscal et avocat d’affaires: le conflit d’intérêts saute aux yeux. En 2011, le président de ta direction générale a, dit-il, «imprudemment» laissé son épouse – la dame a bon dos… – vendre du franc suisse et acheter 1 173 000 dollars à 0,9375 le 10 mars sur son compte à lui, puis 504 000 à 0,7929 le 15 août. Le 6 septembre, la BNS fixait le cours plancher de l’euro à 1 fr. 20 et le dollar est monté. Le 4 octobre, 516 000 dollars sont revendus à 0,9202: bénéfice 73 000 francs. S’il avait connaissance des jeux de sa conjointe, M. Hildebrand ment; s’il les ignorait, c’est un incapable: l’épouse du patron de la banque centrale opérerait à son insu sur les marchés monétaires dont il a la charge? En décembre, le pot aux roses est découvert et, nouvelle maladresse, le bénéfice est soudain dévolu à une bonne œuvre…

M. Hildebrand se retire. Tu restes et la BNS «publie» son règlement sur les opérations de ses organes – ô édifiante audace! – avec un communiqué sur «la révision du règlement interne et des directives». Le juridisme est à l’œuvre et la ripaille continuera sans anicroches. Victor Hugo dirait: «Bon appétit messieurs! Ô ministres intègres, conseillers vertueux! Voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison!»* CHARLES PONCET

*«Ruy Blas», acte III, scène 2.





Tags: Hansueli Raggenbass, lettre ouverte, Charles Poncet,

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Réaction de crocus
le 15.01.2012 à 09:18
il suffit de savoir le nombre d'arriérés concernant la pension...
 
Réaction de christiane
le 14.01.2012 à 19:08
il est vrai que depuis longtemps je ne lis plus...
 
Réaction de JuanPablo
le 14.01.2012 à 08:04
Ma question est la suivante: "l'honnêteté est-elle compatible avec les...
 



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