L’esprit des «Schweizermacher» est bien vivant. En tout cas, c’est ce que semblent révéler les sondages: trois semaines avant la votation, l’initiative de l’UDC «pour des naturalisations démocratiques» fait un tabac et recueille le soutien de près de 48% des citoyens. Contre 37% qui la rejettent catégoriquement. Une fois de plus, les arguments de l’UDC semblent porter. Et tant pis s’ils sont fallacieux ou infamants. Comme cette phrase de Christoph Blocher dans le journal gratuit alémanique .ch: «Beaucoup d’individus deviennent criminels sitôt qu’ils ont reçu la nationalité.»
Le populisme hardcore a encore frappé. Il faut dire que ses adversaires politiques ne font pas d’énormes efforts pour le contredire. Surtout le Parti radical et son président, Fulvio Pelli, très mou du genou sur le sujet. Comme si l’acceptation de cette initiative ne prêtait pas vraiment à conséquence. Comme si c’était l’occasion rêvée de faire preuve d’un peu de dureté à bon compte. Et de signifier – sans impacts économiques immédiats – que, en Suisse, c’est le peuple, dans toute sa pureté alpestre, qui a encore et toujours raison. L’UDC a beau jeu de brandir le spectre de naturalisations en «masse». Il y a en effet chez bon nombre de citoyens cette conviction que l’univers entier aspire à devenir suisse. C’est une illusion: on a certes observé, ces dernières années, une augmentation des naturalisations. Mais, en comparaison européenne, ce taux reste très bas: seuls 45'000 étrangers sur les quelque 850'000 susceptibles d’obtenir la nationalité helvétique en ont fait la demande.
Non, ce qui devrait plutôt nous émouvoir, c’est le manque d’enthousiasme des étrangers pour le passeport à croix blanche.On ne le souligne jamais assez: la Suisse dépend toujours plus des étrangers. Ils sont une part essentielle de la société et de l’économie. C’est ce que Julie Zaugg et Yves Steiner démontrent, par l’absurde, dans leur enquête: Et s’il partaient tous? Eh bien, le pays s’arrêterait de tourner. Les chantiers comme les restaurants. Mais aussi, c’est nouveau, les laboratoires de recherche, les entreprises de télécommunications, les start-up informatiques... Et, ce qu’on sait moins: dans les conseils d’administration mais aussi dans les directions des grands groupes helvétiques, près de la moitié des sièges seraient soudain inoccupés. Bien sûr, cette initiative ne propose pas l’expulsion des étrangers. Et seule une minorité de communes choisirait sans doute la naturalisation par les urnes. Même la ville d’Emmen n’y reviendrait pas, comme nous l’expliquions la semaine passée («L’Hebdo» du 30 avril). Un oui enverrait cependant un signal calamiteux à tous ceux qui désirent s’intégrer et s’associer à notre destin commun. Parce que le texte de l’UDC ouvre la porte à l’arbitraire et à tous les dérapages xénophobes. Parce qu’il érige en système le délit de sale gueule.
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