EDITO
L’hospitalité à la mode suisse

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 22.08.2012 à 12:10

C’est le genre de vexation qui rend le client furax et qui plombe l’image de l’hôtellerie suisse: l’accès à l’internet payant, le wifi qu’on vous facture alors qu’il devrait être cadeau. Un détail? Peut-être, mais si emblématique d’un accueil imperméable aux nouvelles attentes des touristes, parfois revêche, trop souvent à la limite de l’autogoal. Le renforcement du franc (et la chute des nuitées) ne joue dès lors qu’un rôle de révélateur d’une crise préexistante. Ces prochains mois, elle pourrait se solder par la disparition de plusieurs milliers d’emplois.

On ne peut pas bien sûr mettre toutes les villes, toutes les stations, tous les hôtels dans le même paquet. Les nombreux festivals de musique classique créés dans les Alpes ces dernières années, par exemple, contribuent à doper le tourisme estival par la culture. Les grands évènements sportifs comme le tournoi de golf de Crans-Montana aussi. L’industrie touristique compte son lot de passionnés et d’infatigables innovateurs qui cherchent sans cesse à se différencier de la concurrence. Mais il faut se rendre à l’évidence: de manière générale, la qualité de l’offre hôtelière et les investissements dans les infrastructures peinent à suivre et restent très en deçà des efforts consentis dans d’autres pays (lire notre dossier en page 16).

Parce qu’il ne pèse que 3% du PIB suisse, on tend à sous-estimer l’importance du tourisme. Il est curieux, par exemple, que la formation professionnelle et l’offre de perfectionnement dans ce domaine restent si lacunaires. La légendaire Ecole hôtelière de Lausanne est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt – d’ailleurs, une bonne partie de ses diplômés part travailler à l’étranger ou change carrément de branche. Dans les universités, les cours d’économie et de marketing du tourisme sont rares. Les projets de recherche dans ce domaine? Inexistants.

Pourtant, cette industrie va rester, pour les régions de montagne en particulier, un indispensable pourvoyeur d’emplois. Elle est de plus organiquement imbriquée à d’autres secteurs de l’économie – banques, industrie horlogère, organisations internationales... Voilà pourquoi on devrait créer une sorte de think tank capable de développer une vraie vision pour le tourisme suisse. Et augmenter la qualité de la formation dans ce domaine, comme ce fut le cas pour la gestion de fortune et la finance qui, paradoxalement, ont été très mal loties jusque dans les années 90.

On peut détester Franz Weber et sa lex. Et craindre pour le tourisme. A terme, elle aura pourtant plusieurs effets positifs. Elle ne contribuera pas seulement à augmenter la valeur du capital nature de la Suisse. Pour compenser le plafonnement des résidences secondaires, il faudra bien remplacer les lits froids par des lits chauds, créer de nouvelles capacités hôtelières pour les touristes. Et, afin de les séduire durablement, réinventer l’hospitalité à la mode helvétique.

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