L'Hebdo;
2004-02-12 A la pêche aux légendes Cinéma Retour en grâce de Tim Burton avec «Big Fish» ou l'odyssée bigger than life d'un mythomane inspiré.
Cinéma Retour en grâce de Tim Burton avec «Big Fish» ou l'odyssée bigger than life d'un mythomane inspiré.
Comme Homère, Edward Bloom raconte des histoires. Ce voyageur de commerce de l'Alabama n'a pas son pareil pour raconter celle du poisson géant qui a fini par lui gober son alliance... Will, son fils, entend ces fariboles depuis trop longtemps. Il rompt les liens. Mais quand le père trop prolixe arrive au terme de sa vie, Will tente de départager le vrai du faux dans les récits du mourant.
Tiré d'un beau roman de Daniel Wallace, Big Fish permet à Tim Burton, qui s'était un peu perdu du côté de La Planète des Singes, de renouer avec la grâce bizarre, le surréalisme mélancolique et chamarré de ses chefs-d'oeuvre, Beetlejuice, Batman returns, L'étrange Noël de Mr. Jack, Ed Wood, Mars Attacks ou Sleepy Hollow...
La part du rêve Avec David Lynch ou Terry Gilliam, Tim Burton fait partie du dernier carré des cinéastes visionnaires, ces réalisateurs qui savent encore tailler l'étoffe du rêve et dont Fellini reste le saint patron. Fier de ses monstres et de ses scènes de cirque, Big Fish s'impose d'ailleurs comme la plus fellinienne des oeuvres de Tim Burton.
Le garnement de Hollywood s'est donné les moyens de ses visions. Le rôle du géant de 5 mètres est tenu par un vrai géant - de 2 m 29 seulement. Une pincée d'effets spéciaux suffit à parfaire la ressemblance. Sans abuser de l'imagerie générée par ordinateur, Tim Burton renoue avec l'essence même du cinéma, à savoir l'illusion et le mensonge. Il inscrit son éloge de l'affabulation dans la tradition des grands récits fondateurs: on croise les avatars des cyclopes et des sirènes qui cherchaient noise à Ulysse, on taquine l'or du Rhin, on pêche Moby Dick en rivière...
Enfant surdoué, Edward Bloom a tôt vu dans l'oeil de la sorcière le moment de sa mort. Cette certitude lui a permis de traverser la vie sans s'en faire. Il a combattu un géant, traversé une forêt magique, découvert une ville parfaite où le temps s'est arrêté, travaillé dans un cirque, planté un million de jonquilles devant la fenêtre de celle qu'il aime, fait la guerre...Mais qui était-il vraiment, cet incorrigible bavard, cet inépuisable rêveur?
Au chevet de son père, Will finit par abdiquer son rationalisme, son souci d'objectivité. Il adhère à ces menteries qui subliment le quotidien et participe activement à l'apothéose d'Edward. Quand, au cimetière, il verra un géant, des soeurs siamoises, un poète-cambrioleur, il admettra qu'il n'y a pas de fumée sans feu, pas de fable sans un fond de vérité.
Et comme le chante si bien Tom Waits dans Swordfishtrombone, «Si vous pensez pouvoir raconter une histoire plus grosse que celle-là Je jure devant Dieu que vous devriez dire un mensonge»... |
Antoine Duplan
Big Fish. De Tim Burton. Avec Ewan McGregor, Albert Finney, Jessica Lange, Helena Bonham Carter, Danny DeVito, Steve Buscemi. Etats-Unis, 2 h 05.
Jonquilles Edward (Ewan McGregor) déclare sa flamme à Sandra (Alison Lohman).
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