«Nous avons beaucoup parlé ces derniers temps des nanotechnologies. Mais il se pourrait que l’attention se déplace en 2011 sur un autre thème: la lumière», note Jérôme Gross, responsable de la communication à l’EPFL. L’école fédérale vibre en effet de recherches qui, sous une forme ou une autre, tirent parti de la lumière. Il peut s’agir d’optogénétique, c’està-dire du contrôle du cerveau avec de la fibre optique.
De la détection et du traitement de cancers. Du meilleur usage des rayons naturels dans les constructions, pour économiser de l’énergie et améliorer le bien-être des habitants. De la mise au point de fenêtres qui sont aussi des stores et des sources d’éclairage artificiel.
Ou encore de films capables de modifier les couleurs de certains éclairages, comme les actuelles LED blanches. Vous savez, ces nouvelles ampoules plus économes, plus durables, plus chères aussi, qui dispensent une lumière si réfrigérante qu’elle en devient déprimante.
C’est en tout cas l’avis du professeur Libero Zuppiroli, directeur à l’EPFL du Laboratoire d’optoélectronique des matériaux moléculaires. Ce physicien affable, venu à Lausanne en 1990 après avoir enseigné à l’Ecole polytechnique de Paris, a récemment fait parler de lui avec un pamphlet sur l’influence du modèle américain sur les hautes écoles, dont bien sûr l’EPFL.
Il est le coauteur de deux remarquables traités, l’un sur les couleurs, l’autre sur la lumière, qui ont été des succès de librairie. Comme il goûte peu aux contraintes de l’Académie, surtout celles qui restreignent la liberté d’action, Libero Zuppiroli envie la créativité des artistes. «J’admire la façon dont ils savent se ménager leur propre espace de liberté, alors que ce même espace pose problème dans nos structures», lâche le scientifique.
Mais au lieu de rester dans la plainte, le physicien s’est invité par amitié dans l’un de ces territoires créatifs, celui de l’artiste lausannois Daniel Schlaepfer. Celui-ci est un spécialiste de l’utilisation inventive de la lumière dans l’architecture ou des installations comme «l’étoile» d’Aï, au sommet de la Berneuse, dont on peut changer la couleur par téléphone. Depuis plusieurs années, les deux complices développent des projets en commun, chacun tirant parti des compétences de l’autre.
«Lui se méfie du rationnel, moi pas du tout, relève le professeur d’origine italienne. Chacun à notre manière, nous essayons d’organiser le chaos.» «C’est vrai, Libero Zuppiroli me permet de mieux formaliser mes projets, réplique Daniel Schlaepfer. Il donne forme à mes intuitions de départ, phase après phase de réalisation.
Cette collaboration augmente ma propre créativité. Elle m’ouvre à d’autres horizons.» Fin 2011, le duo Zuppiroli-Schlaepfer proposera une exposition lausannoise qui devrait être aussi passionnante que spectaculaire: Lumières du futur.
L’atelier de Daniel Schlaepfer dans le quartier du Flon, à Lausanne, donne un avant-goût de ce futur aux reflets fluorescents. Des bacs, fioles et éprouvettes remplies de liquides aux couleurs vives luisent dans une semi-obscurité.
De petites diodes électroluminescentes organiques (OLED), l’un des domaines de recherche du professeur Zuppiroli, composent à volonté des motifs géométriques. Une boîte bleutée propose en son centre une ombre jaune, alors que celle-ci n’existe pas en réalité, pour la simple raison qu’elle est fabriquée par notre système visuel.
Le rôle de la vision sera l’un des thèmes de l’exposition concoctée par les deux amis. En d’autres termes, comment le cerveau interprète des sources, technologies et effets différents de lumière. Comment il ressent ces lumières, surtout. «Nous allons essayer de dégager ce qui, dans ces installations, nous fait du bien, nous réconforte, précise Libero Zuppiroli.
Toutes les lumières ne sont pas égales entre elles: certaines sont plus sympathiques que d’autres, comme celles qui proviennent de matières organiques fluorescentes.» Et de fustiger, par contraste, la pâleur désincarnée des LED dont l’achat nous est suggéré par de nouvelles réglementations et, surtout, par la force de frappe commerciale des multinationales de la lumière.
Plutôt défenseur des lampes halogènes, le scientifique ne se nourrit pas d’illusions: un jour ou l’autre, une fois améliorée, la technologie des LED finira par s’imposer. Mais il prône, plutôt qu’une attitude coercitive, un dialogue qui pourra encourager législateurs et fabricants à corriger le pitoyable rendu des couleurs des lampes LED.
Autant d’ampoules high-tech qui plombent les humeurs aussi sûrement qu’une journée grise de début janvier. «Nous avons suffisamment de sujets de tristesse aujourd’hui pour, en plus, nous imposer celui-là, non?» sourit Libero Zuppiroli.
Hologramme
Et si la star de demain n'existait pas?

Si l’hologramme est à l’origine un procédé photographique en relief, l’imaginaire collectif en a rapidement fait un fantasme prométhéen. Ou comment engendrer une créature tridimensionnelle par l’image, jusqu’à la faire interagir avec les êtres vivants. Dans le film Retour vers le futur II (1989), le héros joué par Michael J. Fox se retrouve ainsi aux prises, l’espace d’un instant, avec un requin holographique surgi de l’affiche des Dents de la mer 19 (l’histoire se déroule en 2015).
Si le procédé n’a pas encore essaimé vingt ans plus tard – les affiches de cinéma offrent au mieux une 3D statique – d’autres usages ont commencé à poindre. En 2008, CNN a ainsi proposé quelques duplex holographiques, une journaliste en reportage à 1250 km des studios interagissant sur le plateau via son hologramme. Reste que ces dernières années, les avancées les plus marquantes ont eu pour cadre la musique.
Des millions de spectateurs et de téléspectateurs ont ainsi pu applaudir Elvis Presley. D’un duo télévisuel avec Céline Dion à une tournée de stades entouré de «vrais» musiciens, l’hologramme du King a ouvert la voie. Aujourd’hui, la Japonaise Hatsune Miko va plus loin encore. Elle chante, donne des concerts et tourne à travers le Japon... et n’existe pas. Hologramme inspiré de l’esthétique manga, la star est la première icône orpheline de tout modèle réel. Et inaugure une nouvelle ère pour la pop culture. Christophe Schenk
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