L'Hebdo;
2003-10-30 A l'EPFL, la biologie viendra après les maths
Immersion La nouvelle filière des sciences et des technologies de la vie de l'EPFL
vient d'ouvrir ses portes à ses premiers étudiants.
Ils sont une bonne centaine sur les bancs de l'amphithéâtre. Attentifs, concentrés, ne rompant leur silence que pour applaudir les orateurs. Quelque peu tendus aussi... Car ces jeunes gens et jeunes filles qui assistent, vendredi 17 octobre, à la journée d'accueil organisée par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne pour les nouveaux inscrits font plus que s'initier à la vie universitaire: ils essuient les plâtres. Ils sont les premiers à s'installer dans les locaux de la toute nouvelle section des sciences et des technologies du vivant de l'EPFL.
Ils font figure de pionnier, ce qu'ils trouvent d'ailleurs «plutôt attrayant», comme le remarque Juliane. Cette nouvelle étudiante n'est pas la seule à penser: «tout nouveau tout beau». Tous subodorent que, premiers venus, ils n'en seront que plus choyés par leurs professeurs. Dans son discours, Benoît Dubuis, doyen par intérim de la Faculté des sciences de la vie, ne s'en cache pas. «Nous vous attendons depuis longtemps. Vous êtes la première volée, et vous assurez notre légitimité. Nous appartenons à un institut de recherche et d'éducation, mais jusqu'ici, nous n'avions pas d'étudiants.»
Lorsqu'en mars 2000 il a pris ses fonctions comme nouveau président de l'établissement, Patrick Aebischer, médecin de formation, a clairement affiché les biotechnologies parmi ses priorités. Deux ans plus tard, de nouveaux laboratoires de recherche en sciences de la vie s'installent dans des bâtiments neufs du site d'Ecublens. Certes, ils abritent bien quelques doctorants, mais non des apprentis «bachelor», de véritables étudiants. Maintenant, ce vide est comblé. Ils sont tous là.
Michael, qui «rêve de faire des neurosciences»; Guillaume qui, après une année de microtechnique à l'EPFL, a «préféré se spécialiser dès le départ en biologie». Julie, attirée par «la biologie et la génétique». Naomie, qui s'était «d'abord inscrite en médecine mais qui a été rebutée par la longueur des études», elle qui «voudrait faire de la recherche». Saskia qui, après avoir été physiothérapeute pendant deux ans, voulait «voir d'autres aspects des choses». Et tous les autres...
Ils se sont lancés, un peu inquiets mais enthousiastes. Tout à la fois fatigués et impressionnés, à l'issue d'une visite au pas de charge dans des laboratoires où ils auront écouté des chercheurs leur parler de cellules souches, de modélisation des articulations, de thérapie génique, de neuro-sciences. «Ils exagèrent, ils nous présentent des choses que nous n'étudierons que dans trois ans», lance en riant Michael, un peu frustré. C'est quand même «épatant», rétorque Jérôme, impressionné par «les moyens dont on dispose ici».
Moins flou que l'Uni Reste à savoir pourquoi ils ont opté pour le campus d'Ecublens plutôt que celui, voisin, de Dorigny. Pourquoi ils se sont inscrits à l'école d'ingénieurs plutôt qu'à l'université. Etonnamment, nombreux sont ceux qui commencent par répondre qu'ils ont fait ce choix parce qu'ils s'intéressent surtout à la biologie humaine, et fort peu à la biologie animale et végétale enseignée à l'université. L'Ecole présente aussi l'attrait de proposer un programme d'études «plus complet», comme le souligne Christophe, qui habite dans le canton de Fribourg et fera tous les jours le trajet. Lui qui a «une soeur à l'Uni et un frère à l'EPFL» ajoute que «l'université est réputée pour être plus libre, mais plus floue dans l'organisation des études».
Julie, elle, recherche le concret: «A l'université, on passe son temps dans les bouquins; ici, on a la chance d'aller au laboratoire et de nous familiariser avec la pratique». Sans compter, ajoute la jeune fille, que «les ingénieurs sont plus proches du monde du travail que les universitaires». En fait, les étudiants ne le disent pas spontanément mais le reconnaissent volontiers dès qu'on leur pose la question, ils songent à leur avenir professionnel et sont persuadés qu'il est plus facile de trouver une bonne place dans le marché de l'emploi lorsqu'on sort d'une haute école. Quitte, pour en arriver là, à en passer par des maths et de l'informatique, ce qui d'ailleurs en ravit plus d'un.
Visiblement, le discours des responsables de cette nouvelle filière a été entendu: les remarques des jeunes résonnent comme un écho des propos de leurs futurs professeurs. Outre la biologie, ce sont en effet des maths, de la physique, mais aussi de la chimie, de l'informatique et des sciences humaines - préoccupations éthiques obligent - qui attendent les étudiants. «Les deux premières années seront très généralistes», souligne le directeur de la nouvelle section, William Pralong. Ce n'est qu'ensuite que les étudiants «commenceront à se spécialiser dans les sciences du vivant».
La bosse des maths Le maître d'oeuvre de cette nouvelle filière d'enseignement en est convaincu: «La révolution technobiologique est en marche.» Cette révolution se caractérise par un «boom aux interfaces» des différentes disciplines scientifiques. Que l'on regarde du côté de l'organisation des cellules ou des réseaux neuronaux cérébraux, l'heure est en effet à la «complexité» croissante, que seules de solides connaissances en mathématiques permettent d'appréhender et de modéliser. Que l'on se tourne vers les gènes et leurs fonctions, et l'on constate que seule l'informatique permet de traiter et d'analyser l'énorme masse de données accumulée.
La tendance est donc à l'interdisciplinarité; même la médecine n'y échappe pas. «Voyez les lauréats du Prix Nobel de médecine de cette année: ils ont été distingués pour leurs découvertes sur l'imagerie par résonance magnétique. Ce sont des physiciens», souligne William Pralong. Et ce médecin de formation d'évoquer tout ce que les technologies ont apporté aux pratiques médicales et chirurgicales. «La biologie apparaît dans les instruments technologiques, alors que la médecine de demain dépend de solutions trouvées dans des instituts de technologie», résume-t-il.
à la frontière de la biologie Le constat étant posé, quelle formation apporter à des étudiants qui devront acquérir une «vision globale» des sciences et technologies du vivant? A ceux qui pourront ainsi devenir des «coordinateurs» et des «directeurs de projet», et aux autres qui choisiront de se spécialiser en neurosciences, en bioinformatique ou en ingénierie biomédicale? Quel enseignement leur proposer? Partant «de zéro», les concepteurs des programmes ont en fait analysé leurs propres expériences professionnelles, en tentant d'identifier les «compétences qui leur ont manqué», comme l'explique Stefan Catsicas.
Le vice-président pour la recherche et la valorisation de l'EPFL, qui comme Patrick Aebischer reprendra le chemin des amphis pour dispenser quelques cours, souligne avoir voulu «organiser une filière complémentaire à celles qui existent à l'université. Au lieu de former des biologistes qui devront intégrer les technologies, nous voulons former des polytechniciens qui ont intégré la biologie». En d'autres termes, «il est plus difficile de se former à la biologie et de renforcer ensuite ses connaissances en maths que le contraire», explique William Pralong. Il avoue qu'après avoir assisté, le 20 octobre, au premier cours de maths dispensé aux étudiants, il s'est senti «perdu au bout d'une demi-heure».
Cette volonté de former «des ingénieurs à la frontière de la biologie» a visiblement séduit les étudiants. Sans publicité particulière, mais en faisant le tour des gymnases de la région lausannoise pour expliquer leur projet, les responsables de la section ont réussi leur pari. Quelque 360 personnes ont manifesté leur intérêt et 123 se sont finalement lancées dans l'aventure. Dont 40% de filles; un exploit sur ce campus où , hormis la faculté d'architecture, les garçons restent très largement majoritaires. «Un recrutement purement interne à l'EPFL», ajoute William Pralong. L'Ecole n'aurait donc pas concurrencé l'Université? A l'Unil, on n'est pas tout à fait du même avis: «Nous observons un léger fléchissement des nouveaux étudiants, y dit-on. Immanquablement, le prestige de l'EPFL va empiéter sur notre Faculté de biologie.»
Et qu'en pense-t-on du côté de Zurich, dans la haute école réputée pour ses recherches en sciences de la vie et qui avait vu d'un oeil méfiant l'établissement lausannois se positionner sur ce terrain? «L'EPFZ a une tradition ancienne de biologie classique et de biochimie. Ici, nous sommes plus orientés vers la bioingénierie», répond William Pralong. En la matière, «la grande soeur regarde la petite soeur». Mais le maître d'oeuvre de la nouvelle filière le reconnaît: «Nous sommes sous la loupe de beaucoup de gens; nous sommes sous pression, mais c'est un pari.»
Partie prenante, malgré eux, de ces enjeux qui les dépassent, Michael, Naomie, Christophe, Estella et les autres ont des préoc-cupations plus immédiates. Ils pensent surtout au travail qui les attend. Le problème maintenant est «de survivre aux deux premières années d'études». | eg
William Pralong Responsable de la nouvelle Faculté des Sciences de la vie, ce médecin de formation assiste au premier cours de maths dispensé aux étudiants. Il s'est senti «perdu au bout d'une demi-heure.»
Profils étudiants
Informatique et systèmes de communication
ENCADREMENT
1. Neuchâtel
2. EPF Zurich
3. EPF Lausanne
MARCHé DE L'EMPLOI
1. EPF Lausanne
2. Genève
3. EPF Zurich
RECHERCHE
1. EPF Lausanne
2. EPF Zurich
3. Genève
Sciences de l'ingénieur
ENCADREMENT
1. Neuchâtel *
2. EPF Zurich
3. EPF Lausanne
MARCHé DE L'EMPLOI
1. EPF Lausanne + EPF Zurich
2. Neuchâtel *
RECHERCHE
1. EPF Zurich
2. EPF Lausanne
3. Neuchâtel *
Sciences exactes et naturelles
ENCADREMENT
1. EPF Lausanne
2. Bâle
3. Fribourg
MARCHé DE L'EMPLOI
1. EPF Lausanne
2. Fribourg
3. Genève + Bâle
RECHERCHE
1. Bâle
2. EPF Zurich
3. Genève
* Neuchâtel ne couvre que la microtechnique
NOUVEAUX éTUDIANTS L'école d'ingénieurs plutôt que l'Université, parce qu'on s'intéresse davantage à la biologie humaine qu'aux biologies animale et végétale.
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