Messieurs, Nous voici au beau milieu d’une crise de suraccumulation. Il y a dans le monde trop de capitaux, qui n’ont pas été détruits par la crise financière, car les Etats et leurs banques nationales ont sauvé les banques prépondérantes pour le système. Et les voilà assis sur leurs dettes. Tout cela selon le bon vieil adage: privatisation des gains et étatisation des pertes.
En achetant plus de 100 milliards d’euros, vous avez tous deux misé sur le mauvais cheval.
A l’instar de l’or et des céréales, le franc suisse est devenu sur la place mondiale le jeu de la spéculation et des spéculateurs. Les banques souhaitent un franc trop fort, qui aurait l’avantage de pousser dans leurs bras des clients étrangers, attirés par les possibles bénéfices non imposés sur le change.
En achetant plus de 100 milliards d’euros, vous avez tous deux misé sur le mauvais cheval. Cela n’a pas découragé les spéculateurs, mais les a au contraire encouragés et a continué à tirer le franc vers le haut.
Vos adversaires pensent que vous avez englouti à peu près autant d’argent que Marcel Ospel, tandis que vos amis considèrent cela comme des pertes comptables. Si tout n’était que perte comptable, les directeurs des Finances cantonales, Broulis, Tornay et Cie n’auraient aucun souci à se faire quant aux versements de la Banque nationale.
Dans la lutte contre les spéculateurs, vous avez englouti l’équivalent de dix tunnels de base du Lötschberg et infligé de gros dégâts à l’économie réelle de la Suisse.
Les syndicats avaient et continuent d’avoir raison: dans les années 90, la Banque nationale a détruit 150 000 postes de travail, en encourageant un franc fort grâce à des taux d’intérêt élevés. Aujourd’hui, avec un franc fort, la Banque nationale détruit une centaine de milliers de postes de travail.
Vous trouvez-vous dans un piège sans issue? N’avez-vous aucun instrument à disposition dans votre lutte contre les spéculateurs? Au contraire: premièrement, vous pouvez définir un objectif de cours. Deuxièmement, si quelqu’un doute de votre sérieux, vous pouvez menacer de pratiquer des taux d’intérêt négatifs. Le Danemark le peut, pourquoi la Suisse ne le pourrait-elle pas?
Votre excuse: la BNS aurait pour mission première la lutte contre l’inflation. Tous les professeurs et les commentateurs proches des milieux bancaires répètent ces fadaises sans fondement.
L’ancien Monsieur Prix Rudolf Strahm a calculé qu’avec un cours de l’euro à 1 fr. 50, les consommateurs suisses paient annuellement 30 milliards de francs de trop aux producteurs, importateurs et distributeurs de marchandises importées. Aujourd’hui, cette somme se monte à 50 milliards.
Si la Banque nationale avait à coeur de lutter contre une inflation qui ne menace même pas, elle augmenterait la pression sur le Conseil fédéral, le Parlement, la Commission de la concurrence et Monsieur Prix, afin qu’ils mettent enfin un terme à cette arnaque. Mais sur des années, on ne voit poindre aucune inflation. Bien au contraire.
Un exemple concret: la nouvelle BMW 520d, respectueuse de l’environnement, coûte 24 000 francs de plus en Suisse qu’en Allemagne ou en France. Les partis bourgeois sont prisonniers des grandes banques, qu’elles financent de nouveau, mais l’économie réelle n’a aucun représentant pour faire valoir ses intérêts. A part les syndicats, qui sont encore trop faibles pour faire entendre raison à la Banque nationale.
Vous faites encore preuve d’arrogance. Les médias répandent encore leurs fadaises néolibérales. Vous nuisez encore à l’économie réelle et aux finances publiques. Mais tôt ou tard, un journaliste ou un politicien saura vous poser les bonnes questions: Pourquoi, bien que vous soyez responsable de la lutte contre l’inflation, ne demandez-vous pas des mesures contre l’îlot de cherté qu’est la Suisse?
Pourquoi ne travaillez-vous pas à la résorption de votre trou de 30 milliards en fixant le cours de l’euro à 1 fr. 45?
Attendons de voir.
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