Cher Monsieur,
Le 29 novembre, la majorité des votants ont accepté d’interdire la construction de minarets. Parmi eux, il y avait des agnostiques, exaspérés par toute manifestation ostensible d’une foi religieuse. Mais il y avait aussi de très nombreux catholiques pratiquants, qui vivent leur foi comme exclusive de toute autre. Elle n’est pas signe d’ouverture au prochain, mais de fermeture à l’étranger. C’est la révélation d’une perversion massive et grave du christianisme, interpellant cruellement les évêques, qui avaient appelé à refuser l’initiative.
Le même jour – était-ce seulement une coïncidence? – vous faisiez une déclaration stupéfiante: comme le célibat ne possède pas de lien fondamental avec la prêtrise son abolition est souhaitable; il devrait cependant être maintenu comme une forme de vie possible pour les prêtres. A l’origine de l’Eglise, le célibat était loin d’être considéré comme une forme privilégiée de sacerdoce. La Conférence des évêques suisses souhaite donc dans sa quasi-unanimité ouvrir la prêtrise aux hommes mariés en Suisse. Comme un tel pas ne peut être franchi seulement par un pays (pourquoi?), la question fut soulevée plusieurs fois à Rome, mais sans succès. En un mot, vous êtes prêt à ordonner des hommes mariés, mais vous ne le ferez pas par discipline.
Pour beaucoup de lecteurs, incroyants, réformés, catholiques non pratiquants, cette déclaration est insignifiante. Pour eux, il va de soi que cette règle disciplinaire de l’Eglise catholique d’Occident, datant seulement du XIIe siècle, provient d’une exigence juridique plutôt que spirituelle. Comme à cette date les biens et les charges commencent à se transmettre par hérédité, il ne faut plus que les curés et les évêques, titulaires de charges ecclésiastiques, propriétaires des biens de l’Eglise, engendrent des descendants légitimes, tandis que le concubinage ne pose pas le même problème. D’où le statut boiteux des bonnes du curé.
A cette critique radicale de la discipline actuelle s’oppose un discours d’une haute élévation de pensée. Benoît XVI a réaffirmé dès 2007 que «le célibat sacerdotal vécu avec maturité, joie et dévouement est une très grande bénédiction pour l’Eglise et pour la société». Comme le prêtre représente le Christ, présumé célibataire, il faut qu’il soit masculin et chaste. Curieusement la règle souffre des exceptions, pour les Eglises orientales ou les pasteurs convertis au catholicisme: ces prêtres catholiques mariés ne constitueraient qu’une concession à la faiblesse humaine.
En d’autres temps, votre déclaration vous eût valu le bûcher sur lequel fut brûlé en août 1634 le curé de Loudun, Urbain Grandier, pour avoir soutenu la même thèse, parmi d’autres. Les évêques suisses adoptent une position en flèche: tout au plus des laïcs autrichiens relayés par l’archevêque de Vienne, des prêtres américains du diocèse de Milwaukee, des évêques isolés brésiliens et africains, ont-ils osé élever la voix dans le même sens. Le 29 novembre a démontré simultanément que la Suisse est une chrétienté peuplée de fidèles arriérés et de prélats éclairés. Ces derniers estiment avec sagacité et proclament avec hardiesse que la priorité va à l’encadrement des fidèles par des prêtres recrutés sur la base de leurs qualités et non de leur propension au célibat. Mais ils ne passent pas à l’acte: leur discipline l’emporte sur leur conscience.
JACQUES NEIRYNCK
A l’origine de l’Eglise, le célibat était loin d’être considéré comme une forme privilégiée de sacerdoce.
| Dossier 'Canton du Valais' | | |
Tags: Jacques Neirynck, Mgr Norbert Brunner, célibat des prêtres,
|