Madame,
Lors des récentes élections genevoises, vous avez été élue au Conseil d’Etat, brûlant la politesse à la candidate socialiste Véronique Pürro de 1164 voix sur 109 388 suffrages exprimés. Que le Parti socialiste soit déçu de cette vicissitude électorale est dans l’ordre des choses, mais il sera permis à un commentateur de droite de manifester quelque étonnement face à la perfidie des médisances que vos coalisés d’hier distillent aujourd’hui à votre propos. Le ton onctueusement hypocrite sur lequel on confie les «inquiétudes» que susciteraient les talents limités dont vous seriez pourvue est digne des caciques du PDC commentant quelque défaite électorale face à un candidat UDC.
Le ton sirupeux employé – qui ne surprendrait guère venant du Parti Des Chafouins – étonne dans une gauche qu’on croyait jusqu’ici affranchie de ce genre d’aiguillons, sauf à retenir que les outrances de telles franges lunatiques, cryptotrotskistes ou autres devraient désormais devenir le canon de la gauche «unie».
A entendre vos «alliés» et «amis» socialistes en effet, Madame, vous seriez la douceur et la bénignité au service de rien. Votre élection au bénéfice du doute procéderait avant tout d’un remorquage électoral par l’intelligent David Hiler: c’est à votre commensal, à sa popularité et à ses compétences, que vous devriez d’avoir devancé votre rivale socialiste, dont plusieurs «camarades» murmurent aussi qu’elle eût été mieux inspirée de laisser la place au populaire maire de Genève, Manuel Tornare, qui, lui, n’eût point manqué de vous régler votre compte dans les urnes de novembre. Vous seriez en effet inéligible par vous-même, comme en témoigneraient et votre défaite aux nationales de 1999 et des scores cantonaux modestes en 2001 et 2005.
En d’autres termes, Madame, vous seriez à David Hiler comme Milou est à Tintin, voire comme Rantanplan à Lucky Luke. Cela expliquerait qu’on vous taillât un petit département sur mesure: dans ce bac à sable affublé d’une dénomination amphigourique – «Intérieur et Mobilité» – pour tromper les gogos et donner l’impression que vous y ferez quelque chose, on trouverait l’agriculture – totalement en mains fédérales – les mensurations, l’eau (difficile d’en manquer à Genève…), le paysage et quelques autres sinécures. Il s’agirait pour vous de passer quatre ans à inaugurer les chrysanthèmes en attendant l’inéluctable retour socialiste aux affaires.
On fredonne encore que, n’ayant jamais rien fait, vous ne sauriez vous révéler à l’ouvrage; que vos «études de théologie» même – discipline voisine du droit et, à ce titre, gage incontestable d’intelligence – n’auraient point été couronnées d’un diplôme, ce qui ferait de vous une sorte de Mère Gnagnu de la gouvernance: de ce légendaire personnage du folklore genevois, vous auriez le parlé simple et parfois juste, à défaut d’autres qualités et votre bicyclette pour tout talent.
Ne vous connaissant pas, je ne saurais vous juger. Je vous devine féministe et j’hésite donc à dire qu’un (vieil) homme de droite – qui se joindrait au chœur s’il s’agissait de brocarder un malard de gauche – ne goûte guère qu’on traite une femme de la sorte.
A vous donc, Madame, de montrer que l’assassinat sirupeux dont vous faites l’objet serait spécieux et illégitime. Intervenez sur les thèmes brûlants. Epaulez votre collègue Isabel Rochat – femme et mère elle aussi – dans la bataille qui l’attend. Entreprenez à vous deux ce que vos collègues masculins n’ont pas réussi: ramener l’ordre dans le coupe-gorge que Genève devient. Expulsez les mendiants et les tire-laines qui nous pourrissent la vie. Décimez les dealers et les brigands. Construisez des prisons pour les y jeter. Brisez les reins d’un syndicat de pandores qui fera tout pour empêcher l’augmentation des effectifs afin de préserver son racket d’heures supplémentaires. Luttez pour la mobilité, voitures y compris. Soyez de tous les combats, sans parti pris idéologique et donnez tort à vos détracteurs.
A vous donc, Madame, de montrer que l’assassinat sirupeux dont vous faites l’objet serait spécieux et illégitime.
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