Ma chère collègue,
Vous faites partie de la minuscule minorité féminine (5) dans le parti mammouth UDC (61 parlementaires). Il vous faut donc jouer des coudes pour vous imposer. Tel fut le but des 64 interventions dont vous vous fendîtes durant cette législature.
Ce ne sont pas les émissions de service public et d’excellente qualité qui manquent à la SSR, mais leur durée représente une médication homéopathique contre l’abrutissement du reste.
Si les 246 parlementaires étaient tous aussi productifs, cela ferait un total de 15 744 interventions, soit l’équivalent d’une décennie de travaux du Parlement actuel.
Pour vous satisfaire, il faudrait que celui-ci siège tous les jours ouvrables. Ce serait la fin du Parlement de milice auquel votre parti se prétend attaché, mais c’est bien sa stratégie: n’utiliser les institutions que pour les abattre.
Afin d’enfoncer le clou, vous animez un comité déposant une pétition pour réduire la SSR à la redevance de 200 francs par an au lieu des 415 francs actuels. Ballon d’essai pour passer tôt ou tard à une de ces initiatives populaires et populistes dont l’UDC a le secret.
Ce serait la fin de la SSR dans son envergure actuelle, à savoir huit chaînes de télévision et dix-huit stations de radio, financées à niveau de 1,546 million, 75% par la redevance et 25% par la publicité, soit le budget d’une seule chaîne de télévision française.
Il faudra soit supprimer un certain nombre de programmes, soit financer le service public à hauteur de 65% par la publicité. Ces deux hypothèses vous ravissent. Car on apprend (par la bande) que vous travaillez pour Goldbach Media, vendeur de publicité pour la télévision.
Vous êtes donc en service commandé. Malheureusement, la SSR vous fournit les verges pour la battre. C’est déjà un défi d’assurer le service public en radios et télévisions dans un pays accablé de quatre langues.
Cela explique, sans le justifier, le coût très lourd de la redevance helvétique, comparé aux 118 euros de la France, 216 de l’Allemagne et 145 livres en Angleterre. Mais faut-il soutenir 26 programmes?
Pour assurer des émissions jour et nuit, la SSR est obligée de bourrer de séries américaines la télévision, qui présentent un double mérite: elles ne coûtent pas cher (5000 francs l’unité) et elles fédèrent cet auditoire fragile, prêt à suivre les injonctions des publicités qui encadrent ce spectacle médiocre.
Ce n’est plus du service public, c’est de la retape publicitaire. Le téléspectateur ne devrait pas payer du tout pour regarder cela, qui est du reste visible sur toutes les chaînes du monde; il devrait être payé pour supporter cette exploitation de la crédulité des consommateurs naïfs.
Ce ne sont pas les émissions de service public et d’excellente qualité qui manquent à la SSR, mais leur durée représente une médication homéopathique contre l’abrutissement du reste. Or, votre objectif est de vous débarrasser de ces empêcheurs de manipuler le peuple en rond.
Ces journalistes dévoilent les contradictions de votre parti, sa xénophobie et son intolérance, en fournissant simplement une information objective. Il est temps que cela cesse. La berlusconisation du service public le transformera en chien de garde du pouvoir personnel ambitionné par Christoph Blocher.
Continuez, prenez la peine, c’est le fond qui manque le plus: en persévérant, vous deviendrez présidente de ce qui restera de la SSR dans dix ans.
JACQUES NEIRYNCK
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