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Par Charles Poncet - Mis en ligne le 26.10.2011 à 15:09 |
Monsieur, Ci-devant «CEO» – en français «PDG» – de l’UBS, vous goûtez aux joies de la retraite, sans anxiété pour le taux de conversion de votre 2e pilier, ce dont on se réjouit pour vous. Il est dans votre visage une rêche rugosité teutonne, comme si, du désespoir de l’orphelin de guerre que vous fûtes, était née l’âpre et inflexible férocité du chef opiniâtre et intransigeant qu’appelait de ses vœux, en 2009, la gouvernance d’une banque traumatisée et déboussolée par les délires d’Ospel et autres Kurer, obérée de surcroît par une potiche politique à la présidence de son conseil d’administration. En deux ans pourtant, voici le Prussien providentiel carbonisé, victime des folies d’un trader mal contrôlé. Hors la disculpation dérisoire de la «malchance» – hommage que l’impéritie rend au talent d’autrui – je vois dans votre échec la conséquence directe de la culture stalinienne dont sont vérolées les deux grandes banques suisses depuis vingt ans. Quiconque accède au pinacle de l’UBS ou de Credit Suisse règne en effet sur un univers de courtisans et de caudataires sans égal depuis la cour de Louis XIV ou celle du Grand Mogol. On y loue l’intelligence, la sagesse, les vertus, le discernement, la bonté et la prescience du «chef»; une armée de juristes serviles, d’analystes prétentieux, d’économistes experts en prévisions du passé, de consultants, de stratèges en toutes disciplines, pénètre à pas comptés dans son bureau, le dos courbé et l’œil torve, se prosternant à ses pieds, acceptant sans regimber ses propos les plus anodins, riant aux éclats à ses plaisanteries les plus balourdes et rivalisant d’efforts pour lui complaire, quitte à s’extasier face à des projets dont les sycophantes s’empresseront de se distancer s’ils échouent. Plus grave encore: ce qui fut jadis un caporalisme d’assez bon aloi – on commandait ici et là on obéissait – inspiré des cours EMG de l’armée suisse et de leurs méthodes, s’est détérioré au point d’ériger l’obséquiosité et la flagornerie en exigences de survie dans toute la structure: un jeune banquier de talent ou un esprit original – et ils sont nombreux dans ce pays – ne survivra à l’UBS qu’à condition de ne jamais renoncer, fût-ce l’espace d’un moment, à l’usage permanent de la brosse à chaussures qui, seule, lui permettra de cirer judicieusement les pompes de l’adjudant-chef régional dont dépend son avenir. J’ai personnellement entendu à plusieurs reprises l’un ou l’autre de ces «petits chefs» débiter pompeusement des inepties et des fadaises – annonçant par exemple en 2009 une hausse des taux «imminente» – devant un parterre de collaborateurs silencieux, le front baissé, l’œil servile et l’échine souple, tenant le plumeau à la main et entièrement préoccupés de lécher le croupion de la ganache qui pérorait. Le spectacle était consternant et il eût appelé les brocards les plus impitoyables, n’étaient les liens d’amitié m’unissant à certaines des victimes. Naturellement, une telle culture de l’acquiescement abject s’accompagne de l’acceptation sans chicane des passions amoureuses du «chef»: le voici qui s’éprend de tel opérateur, de tel «spécialiste» des «produits structurés», de tel «visionnaire» ou prétendu tel et l’élu sera catapulté au zénith; rémunéré à coup de millions, craint d’un entourage qui le sait bien en cour, il fera ce qu’il voudra jusqu’au jour où, inéluctablement, ses œuvres coûteront des milliards à la banque, quand ce n’est pas aux contribuables. Vous n’avez pas le monopole de cette culture, certes, mais elle a chez vous une dimension hors du commun. L’originalité, l’indépendance d’esprit, la créativité sont bannies de votre univers. Etonnez-vous qu’à vous engager sur des terrains dangereux et mouvants – la banque d’investissement globalisée par exemple – avec une armée de béni-oui-oui et de zombies, vous en sortiez chaque fois avec des yeux au beurre noir, léchant vos plaies, comptant vos bosses et perdant le sang de vos actionnaires. |









