Bien cher Pascal, L’IDHEAP (Institut de hautes études en administration publique, ndlr) forme nos hauts fonctionnaires à la gestion du système administratif suisse. Parfait. Mais cette institution, qui prétend aussi faire de la recherche, publie un comparatif global de la politique financière des collectivités publiques.
Et tu as été mal noté en 2009, comme un mauvais élève, vingtième sur vingt-six. Or, en 2006 tu étais deuxième: tu serais tombé apparemment de haut. Et les médias de gloser: Broulis n’est pas ce que l’on croyait, celui qui a réduit la dette du canton de 7 à 2 milliards sans augmenter les impôts. Ne serait-il qu’un imposteur?
Tu es victime d’une machination à prétentions scientifiques. Lassé du concert de louanges à ton égard, exaspéré par cette réussite de l’orthodoxie financière, un «chercheur», prétendument objectif et désintéressé, a trouvé le moyen de te déconsidérer. Il lui a suffi de fabriquer un comparatif de huit critères, calculé de sorte qu’il te soit défavorable.
Cela fait partie de cette mode des index de qualité servant à ranger par ordre d’excellence universités, banques, hôpitaux, lignes aériennes ou restaurants. En un tournemain la position d’une institution dans le classement peut passer du pinacle au tréfonds en opérant un choix astucieux des critères quantifiables et en manipulant la pondération des notes partielles. Par ce procédé, n’importe qui peut démontrer n’importe quoi, en prétendant que c’est scientifique, donc objectif et irréfutable.
A titre d’exemple, dans le monde universitaire, le critère d’excellence se résumait jadis au nombre de publications, ce qui entraîna une inflation monstrueuse de celles-ci: les chercheurs cessèrent de chercher pour devenir des rédacteurs à la chaîne de papiers insignifiants.
Dépités, les évaluateurs se braquèrent alors sur le nombre de citations d’un chercheur par les autres: dès lors des réseaux de copains s’organisèrent pour se renvoyer la palme des citations. Cet exemple démontre comment les évalués peuvent battre les évaluateurs en exploitant les manies de ceux-ci, mais aussi et surtout en s’y pliant.
Alors que cela n’a pas beaucoup d’importance dans le monde universitaire, sceptique par métier, cela en prend énormément en politique. Un institut, publiant à grand fracas médiatique le palmarès des membres d’un exécutif, incite ceux-ci, même inconsciemment, à améliorer leurs cotes en observant les critères fixés par les évaluateurs.
D’observateurs, ceux-ci deviennent les prescripteurs de la «bonne» politique, alors que celle-ci ne reflète que leurs options personnelles. Un professeur de gauche peut influencer un ministre de droite et réciproquement.
Pendant ce temps, les Vaudois persistent: soulagés de voir leur dette diminuer et leurs impôts ne pas augmenter, ils t’apprécient en conséquence. A vrai dire, ce ne sont que des pères ou mères de famille, abhorrant les dettes et ne fréquentant pas les colloques scientifiques. Ils se préparaient à te réélire triomphalement en 2012.
C’était garanti sur facture au point que quelqu’un a imaginé de saboter ta réputation en se drapant dans les plis de l’objectivité scientifique. Et quel meilleur outil de propagande électorale que l’IDHEAP, institution d’Etat! Continue, Pascal! La caravane passe tandis que le chacal aboie à la lune de son utopie soixante-huitarde.
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