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Entrepreneuriat
À peine diplômés, ils se lancent comme indépendants

Par Céline Zünd - Mis en ligne le 12.01.2011 à 15:24

Certains n’attendent pas l’emploi idéal pour créer leur place sur le marché du travail. Rencontre avec de jeunes indépendants qui ont le goût du défi.

En Suisse, 13% des travailleurs bénéficient du statut d’indépendant. Parmi eux, une majorité de travailleurs expérimentés (moyenne d’âge: 47 ans) qui ont attendu d’avoir acquis une solide expérience au sein d’entreprises établies avant de se lancer en solo.

«PENDANT LES DEUX ANNÉES DE LANCEMENT, ON VIVAIT CHEZ NOS PARENTS.» Michaël Ohayon et Thomas Servettaz, fondateurs de Metavision

Ce qui n’empêche pas certains jeunes, aujourd’hui, de commencer par créer leur propre emploi, en dépit d’un contexte économique tendu.

«Dans mon métier, il n’y a pas de débouchés, surtout depuis la crise. Et les rares places que j’ai trouvées ne me correspondaient pas», témoigne Marilène Dubois, qui se définit comme peintre décoratrice.

En réalité, ses multiples talents conduisent cette jeune femme de 28 ans au-delà des sentiers battus. Quand elle ne restaure pas des bâtiments anciens, elle monte des décors d’événementiel, de théâtre ou en trompe-l’œil. Et vit désormais de son activité d’indépendante.

La crise peut-elle générer un nouvel esprit d’entreprise? Selon le dernier rapport de l’Office fédéral de la statistique sur la question, les périodes de récession ont un double effet: elles fauchent les indépendants les moins résistants et, à l’inverse, poussent d’autres à se lancer.

D’où la tentation, pour certains, de mettre à profit ce moment entre la fin d’une formation et le premier emploi, afin de tenter l’aventure de l’indépendance.

«Un tiers des jeunes entre 20 et 29 ans ne sont pas intégrés sur le marché du travail six mois après l’obtention de leur diplôme. Se mettre à son compte peut représenter une solution intéressante», estime Cátia Candeias, de l’Union des étudiants de Suisse.

Avec l’aide des parents. «A la sortie des études, on dispose de beaucoup de temps, on a de l’énergie à revendre et peu de charges, c’est le meilleur moment pour se lancer!», estime David Narr, de Genilem. Cet incubateur offre un accompagnement sur trois ans aux entreprises jugées innovantes.

Parmi les élus, Michaël Ohayon et Thomas Servettaz, qui ont élaboré leur projet sur les bancs de l’université. «C’était le moment ou jamais, on sentait qu’il y avait une demande pour notre produit et beaucoup de retard sur le marché suisse.»

Sans passer par la case emploi, les deux Genevois ont fondé Metavision en 2006. Aujourd’hui, leur société, active dans le domaine de l’affichage dynamique, développe une plateforme logicielle qui permet aux entreprises de communiquer à distance des informations multimédias sur des écrans plats, sur le web et sur des applications mobiles.

«Pendant les deux années de lancement, on vivait chez nos parents. Des remplacements ponctuels à l’école secondaire et le soutien des proches nous ont permis de subsister. A présent, notre affaire tourne», se réjouit le trentenaire Michaël Ohayon.

«Beaucoup de jeunes qui débarquent sur le marché du travail sont moins en quête d’un statut social ou d’argent que de nouvelles expériences enrichissantes. Plus que jamais, l’autoréalisation est privilégiée», analyse Sibylle Heunert Doulfakar, psychologue du travail installée à Roche (VD).

Elle connaît de près la situation des indépendants, ayant elle-même fondé son cabinet à 24 ans. Aujourd’hui, elle accompagne des entreprises en phase de transformation au travers de Syllogos, un réseau de consultants en développement organisationnel.

«Le réseau social et le soutien des proches dans les moments précaires du début sont indispensables. Mais aussi les qualités personnelles: autonomie, confiance en soi et, surtout, la persévérance.»

Les appels du pied aux jeunes entrepreneurs se multiplient. En mars, l’événement Startup Weekend fera une halte à Lausanne, après Paris, New York et Genève en novembre dernier.

Venu des Etats-Unis, le concept consiste à imaginer une petite entreprise en moins de 54 heures à partir d’une idée, puis de la présenter devant un jury d’experts et d’investisseurs.

Et, pour stimuler les jeunes pousses à la racine, des structures d’aide à la création d’entreprise se sont développées en lien direct avec les institutions.

Comme Venturelab, un programme national qui propose des modules de formation dédiés aux start-up dans le secteur des hautes technologies, en partenariat avec les universités et les hautes écoles. L’occasion de se faire un réseau, et de discuter plan d’affaires ou stratégies de vente.

«LA PREMIÈRE DIFFICULTÉ POUR LES JEUNES ACTIFS, C’EST D’OBTENIR DES CAPITAUX.» David Narr, Genilem

Une manière d’exister. Pour certains, lancer une entreprise n’est toutefois pas le but ultime. Pendant son apprentissage de dessinateur en bâtiment, Sacha Nielsen noircissait ses cahiers de dessins et imaginait déjà de nouvelles façons d’habiter, plus écologiques. Aujourd’hui, il réalise sur mandat des plans de construction pour des particuliers.

Formé à la technique de fabrication des murs en pierre sèche, depuis l’âge de 22 ans, il parcourt les Alpes pour restaurer ces constructions ancestrales, caractéristiques du paysage helvétique. Un ouvrage de longue haleine qu’il réalise sur appel.

L’indépendance, à ses yeux, c’est d’abord une manière d’exister. Celle qui lui a permis d’observer les trois premières semaines de la vie de sa fille. «Ce qui me plaît, c’est de pouvoir décider de mon rythme de travail et être mon propre patron», dit-il. Il y parvient à force de limiter ses dépenses au strict minimum.

Etre son propre patron, l’idée a de quoi faire rêver. Cela exige de devenir tour à tour directeur marketing, secrétaire, comptable. Un casse-tête logistique qui peut absorber près de la moitié du temps d’un indépendant.

Et les chiffres de l’Office fédéral de la statistique sont formels: ceux qui franchissent le pas travaillent en moyenne dix heures de plus par semaine qu’un employé, et prennent une semaine de vacances en moins par an.

Salaires bas, charges élevées et faible protection sociale, la réalité en pousse plus d’un à abandonner. Auquel cas, pointer au chômage n’est pas une option.

«La première difficulté pour les jeunes actifs, c’est d’obtenir des capitaux. En Suisse, l’échec n’est pas valorisé, regrette David Narr. Pourtant, créer sa boîte exige de développer de multiples qualités. Même une faillite pourrait être considérée comme une expérience enrichissante.»

Et, si vous le leur demandez, la plupart de ceux qui ont goûté à l’indépendance vous diront qu’ils n’y renonceraient pour rien au monde.


Jules Desarzens, Wood Concept

Dans son atelier à Bussigny, Jules Desarzens crée des pièces uniques, sur mesure. L’une de ses dernières réalisations, une table basse surmontée d’un plateau en aluminium interchangeable, trône dans la boutique lausannoise Behr Ameublement.

«J’ai besoin de liberté, de reconnaissance et du sentiment de faire de belles choses. En tant qu’employé, je ne pouvais être qu’un exécutant», dit-il pour expliquer le choix de l’indépendance.

Après quatre ans à l’Ecole technique des métiers, il s’est perfectionné dans le mobilier de luxe lors d’un stage. D’abord maître d’atelier dans plusieurs petites entreprises, il a très vite fondé son propre laboratoire, où s’opère le mariage entre innovation et techniques anciennes.

La principale difficulté pour l’artisan: les coûts élevés du matériel. Locaux, machines, matières premières, les charges se montent à près de 4000 francs par mois.

Il a démarré sans crédit, avec un investissement de 45 000 francs d’économies propres pour les machines et l’atelier.

Aujourd’hui, cela fait trois ans qu’il vit de son métier, à sa manière. «Je n’ai fait appel à aucune aide, ni cours de gestion d’entreprise ou business plan. La comptabilité, le démarchage et le reste, j’ai appris sur le tas.

Le risque est constant, mais cela en vaut largement la peine. Mon moteur, c’est un état d’esprit, la liberté.»


Guillaume Lambert et Olivier Amrein, Espace Terroir

Un stage en tourisme écologique au Cap-Vert, des kilomètres de voyage dans le monde et, de retour à Genève, l’envie de faire connaître sa propre région.

«J’ai pris conscience de la demande croissante des Genevois pour des produits artisanaux et de saison», explique Guillaume Lambert.

Son master en poche, il commence par éditer une carte de la région, qui répertorie des producteurs locaux, ainsi que divers sites dédiés aux loisirs écolos pour citadins en mal d’espaces verts.

En 2008, il lance le site www.espace-terroir.ch, un service de livraison de cabas de fruits et légumes cultivés par des maraîchers du cru.

«J’aurais pu chercher un boulot dans une banque, une multinationale ou dans les assurances, mais cela ne m’intéressait pas», glisse ce trentenaire touche-à-tout.

Soutenu d’abord par sa famille, puis rejoint par un ami, Olivier Amrein, il s’est très vite associé à l’Union maraîchère de Genève. Le collectif de producteurs, enthousiasmé par l’idée, a injecté les fonds nécessaires.

«Ils ont les produits. Nous, la connaissance des technologies internet et d’une nouvelle clientèle jeune et urbaine.» Une synergie qui cartonne.

Aujourd’hui, ils livrent 650 paniers chaque semaine entre Genève et Nyon, les deux tiers à vélo. Leur chiffre d’affaires est passé de 155 000 francs en 2009 à près de 850 000 francs en 2010.

La petite entreprise a atteint le seuil de rentabilité en septembre dernier et compte engager bientôt un nouvel employé.


Qu'est-ce qu'un indépendant ?

DIFFÉRENCE PAR RAPPORT AU SALARIÉ

L’indépendant se distingue du salarié de plusieurs façons. Il agit en son nom propre et pour son compte, générant ses propres revenus.

«Cela signifie qu’il n’a aucun rapport de subordination, bien qu’il puisse recevoir des instructions de la part du mandant», explique Benoît Pasquier, juriste spécialisé en droit du travail.

Le travailleur en solo opère selon les règles du contrat de mandat, en principe pour plusieurs clients à la fois. Contrairement à un salarié, il peut refuser un mandat et organise librement son activité.

Il doit par contre assumer l’entier des risques, des pertes et des charges inhérents à son activité, du matériel aux locaux.

OBTENIR LE STATUT

Pour être admis comme indépendant, il faut s’adresser à une caisse de compensation AVS de son choix, qui demandera la preuve que l’on exécute déjà divers mandats pour plusieurs clients.

En principe, la règle veut que l’on présente trois factures de mandants différents, ce qui suppose que le futur indépendant réalise dans un premier temps du travail sans véritable statut.

Cette période «grise» est tolérée le temps de s’insérer sur le marché et peut durer environ une année.

AVANTAGES FISCAUX

Le revenu de l’indépendant est la différence entre son chiffre d’affaires et ses charges. Selon le secteur d’activité, la part des charges varie fortement.

Par exemple, pour un restaurateur, on peut imaginer que les charges atteignent 90% du chiffre d’affaires, tandis que pour un consultant, elles se situeraient plutôt entre 20% et 40%.

Ce qui explique l’importance, pour les indépendants, de garder les quittances de toutes leurs dépenses (typiquement, les tickets de restaurant pour tout repas pouvant être assimilé à une réunion de travail).

Un indépendant qui travaille chez lui peut aussi déduire de son chiffre d’affaires le loyer de son bureau à la maison (par exemple, le quart du loyer effectif de son appartement de quatre pièces).

Enfin, si l’indépendant utilise sa voiture dans le cadre de sa profession, une partie des charges liées à son véhicule (leasing ou amortissement, essence, entretien) peut être déduite.

REGISTRE DU COMMERCE ET TVA

L’inscription au registre du commerce n’est pas obligatoire; elle le devient à partir du moment où le chiffre d’affaires de l’indépendant atteint 100 000 francs. De même, dès 100 000 francs de chiffre d’affaires, l’entreprise est assujettie à la TVA.

ASSURANCES SOCIALES

Alors qu’un salarié cotise à parts égales avec l’employeur à plusieurs assurances – vieillesse, invalidité, perte de gain et chômage – ainsi qu’au 2e pilier, un indépendant est uniquement tenu de cotiser à l’AVS, AI et APG (dans le secteur de la construction, les indépendants doivent également souscrire à une assurance accidents; il existe aussi dans certains cantons un régime obligatoire d’assujettissement et de droit aux allocations familiales).

L’indépendant n’est pas couvert par l’assurance chômage. Il peut, s’il le souhaite, cotiser à la prévoyance professionnelle (2e et/ou 3e piliers) et déduire de ses revenus des montants plus élevés qu’un salarié.

Toutes ces particularités ne concernent toutefois pas les propriétaires d’une SA ou d’une Sàrl. Habituellement, ces derniers ont en effet le statut d’employé, même s’il s’agit de leur propre entreprise.



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Tags: indépendants, Jules Desarzens, Wood Concept, Guillaume Lambert, Olivier Amrein, Espace Terroir,

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