La lettre ouverte de Pascal Gentinetta
A Peter Bodenmann
Par PASCAL GENTINETTA - Mis en ligne le 16.12.2009 à 16:25
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Cher cousin éloigné,
La semaine dernière, vous m’avez interpellé sur la question identitaire liée à l’initiative antiminarets. Cousin éloigné dites-vous? Eh oui! En me rappelant mes origines et le fait que vous aviez une grand-mère Elvira Gentinetta, vous m’avez incité à examiner arbre généalogique et Dictionnaire historique suisse. J’y ai découvert, ô surprise, qu’il existait entre nous un lien de parenté certes très éloigné, mais un lien de parenté tout de même… Saviez-vous que notre ancêtre commun remonte à mon arrière-arrière-arrière-grandpère Peter Joseph Gentinetta, de Loèche, né pendant la Révolution française et dont les trois fils ont épousé trois filles de Werra? Cela ne nous empêche pas, à l’image de notre degré de parenté, d’avoir sur certains sujets des positions assez éloignées…
Mais revenons sur le fond. Vouer economiesuisse aux gémonies en lui reprochant le résultat du vote sur les minarets revient à considérer l’association faîtière de l’économie comme seul maître à bord. C’est faire peu de cas de la capacité des partis et des élus à convaincre l’opinion publique. On sait pourtant que, dans notre système démocratique, nulle organisation ne peut se targuer de peser d’un poids si décisif qu’elle pourrait à elle seule faire la différence quant à l’issue d’un scrutin. Le Conseil fédéral luimême n’est pas toujours suivi.
Quoi qu’il en soit, l’économie n’est pas restée les bras croisés. Elle a manifesté avec clarté pendant la campagne sa position contre l’initiative antiminarets. Nous avons répété l’importance que nous apportons à des valeurs fondamentales que sont la tolérance et l’ouverture. La réputation et l’image de la Suisse doivent être préservées. A fortiori pour un pays qui gagne plus d’un franc sur deux à l’étranger. Mais economiesuisse ne peut pas s’engager davantage dans un sujet qui relève d’abord de questions religieuses et d’intégration des étrangers. Ces questions ne sont pas du ressort des organisations économiques. Où serait en effet la limite autrement? D’ailleurs, mon cher cousin éloigné, vous seriez bien le premier à hurler avec les loups si tel n’était pas le cas. C’est aux partis de présenter un programme de société. La mission d’economiesuisse est la défense de conditions-cadres optimales pour les entreprises. Lorsque nous menons une campagne sur un objet de votation, il s’agit toujours aussi d’un thème incontestable de politique économique, interdiction d’exportation pour l’industrie d’armement, réforme de l’imposition des entreprises ou accords bilatéraux avec l’UE par exemple. economiesuisse n’est pas un pompier politique qu’on peut appeler à tout moment. En démocratie, il appartient avant tout aux partis de sentir le pouls de l’opinion publique. Le Parti socialiste, qui n’a pas prêté oreille aux attentes de la population en matière d’intégration des étrangers, porte aussi sa part de responsabilité. Au-delà de cette votation, il est piquant de vous entendre, l’ancien président du Parti socialiste, regretter l’absence de financement des partis par l’économie, alors que vous déploriez dans ces mêmes colonnes il y a quelques semaines une mainmise de l’économie sur les partis bourgeois. Et un financement des partis par l’Etat sur le dos des contribuables n’y résoudrait rien. C’est de toute façon faire injure aux citoyens suisses que de prétendre qu’on peut acheter leur vote. Une campagne ne se gagne pas en fonction des moyens financiers injectés mais par un travail intense d’information sur le terrain et de bons arguments. En revanche, je me réjouis de vous voir vous muer en défenseur de notre place financière, vous qui souteniez encore au début de novembre dans un quotidien genevois les attaques de la France et de l’Allemagne contre notre système.
Incohérence et rejet de la responsabilité sur autrui, voilà exactement ce que ne veulent plus les Suisses. Le résultat de la votation sur la construction de minarets, même si nous le déplorons vivement, est clair et sans appel. Il faut l’accepter et arrêter de mettre artificiellement de l’huile sur le feu en hyperinterprétant le résultat. Il est temps maintenant de trouver des solutions concrètes aux problèmes posés et de concentrer les énergies sur les projets qui font avancer notre pays et lui garantissent un avenir prospère. Je me réjouis d’en discuter de vive voix avec vous, mon cher cousin éloigné. PASCAL GENTINETTA DIRECTEUR D’ECONOMIESUISSE
economiesuisse n’est pas un pompier politique qu’on peut appeler à tout moment.
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