À quoi sert le Parlement
Une nation sans parlement n’est plus une démocratie.
Prôner l’élection du gouvernement par le peuple dans un Etat fédéral comme la Suisse est irresponsable. Comment garantir une représentation équitable aux minorités sans entamer la légitimité des ministres ainsi choisis?
Veut-on des conseillers fédéraux latins de ligue B, obtenus par des quotas ou une pondération des votes?
Que des élus Romands, comme Micheline Calmy-Rey et Pierre-Yves Maillard, professent une telle ineptie est particulièrement navrant. La Suisse ne se gouverne pas comme un gros canton. Même si ses choix n’ont pas toujours été des plus éclairés, seul le Parlement est le garant des subtils équilibres qui fondent le pays. Pourquoi vouloir le déposséder de cette responsabilité et l’affaiblir plus qu’il ne l’est déjà?
C’est le moment de s’interroger sur le rôle du Parlement. Dans la plupart des démocraties, il ne viendrait à personne l’idée de contester qu’il constitue la représentation légitime des citoyens. En Suisse pourtant, à cause du poids de la démocratie directe (droits de référendum et d’initiative), on a pris la détestable habitude de considérer le législatif comme un poids plume dans l’équilibre institutionnel, moins fondamentalement utile que le peuple souverain et le collège des sept Sages.
Un organe donc vaguement bâtard, dont on pourrait se passer, si les consultations populaires n’étaient pas si compliquées à organiser logistiquement. Pourtant, une démocratie sans référendums ou sans initiatives populaires est encore une démocratie, alors qu’une nation sans Parlement ne l’est plus. L’affaire Nef et les petits jeux autour de la composition du gouvernement faussent la vision: le marasme politique actuel a pour origine le Parlement et ses difficultés à forger des majorités, alors que son principal groupe, l’UDC, souhaite mener une politique d’opposition. Les débats sur l’armée en sont la démonstration éclatante.
Le 12 décembre dernier, les Chambres ont choisi d’élire les membres du gouvernement en brisant le consensus établi. Les parlementaires n’ont pas mesuré à quel point leur décision courageuse d’évincer Christoph Blocher allait bouleverser leur propre travail.
Il est temps que les présidents de parti cessent leurs gamineries partisanes. S’ils n’ont pas de bilan substantiel à afficher d’ici à 2011, le déclin souhaité de l’UDC pourrait se muer en une plus grande victoire électorale qu’en 2007, rendant la Suisse encore moins gouvernable.
| Dossier 'Conseil fédéral' | | |
Tags: Parlement, nation, Suisse, Micheline Calmy-Rey, Pierre-Yves Maillard,
|