Cher Monsieur, Vous prenez la présidence de la SSR au moment où celle-ci est attaquée, aussi bien par les radios et télévisions privées que par les éditeurs de la presse. Objet du conflit: le fruit de la redevance, soit 1,3 milliard de francs, plus les marchés publicitaires et l’extension de la SSR vers l’internet. Thème du débat: qu’est-ce que c’est que le service public, dont la SSR revendique, sinon le monopole, du moins l’apanage prioritaire?
La notion de service public s’imposa jadis, car les canaux de diffusion étaient trop rares pour les libéraliser dans un marché ouvert. Par suite de simples contraintes techniques, aujourd’hui dépassées, un monopole fut accordé à la SSR, qui assure l’information du public par les journaux et quelques excellentes émissions comme Temps présent, A bon entendeur, Forum ou Infrarouge. Mais les diffuseurs privés n’en font pas moins, voire plus au chapitre des débats politiques.
En dehors de cette mission pédagogique, la SSR diffuse des émissions de divertissement. Et c’est là que le bât blesse. La TSR dispense des séries américaines, visibles par ailleurs. Cela ne coûte pas cher, mais cela n’a rien à voir avec le service public. Le but est de capter une audience qui profite aux annonceurs publicitaires.
C’est logique: la publicité télévisée, portant sur des produits qui ne vendraient passinon, n’agit que sur des gogos attirés par des émissions débiles. Celles-ci sont conçues aux Etats-Unis dans le cadre de télévisions privées dépendant entièrement de la publicité. La logique de ce cercle vicieux n’a rien à voir avec le service public.
La TSR se défend en prétendant que ces séries débiles fidélisent une audience, dès lors captivée par les émissions d’information. En d’autres mots pour être capable d’informer le citoyen, il faut préalablement désinformer le consommateur. Et oublier que les nuls, fascinés par les séries débiles, zappent quand advient une émission tentant de les informer sur la Suisse telle qu’elle est et non sur des Etats-Unis mythiques.
En conséquence de cette inconséquence, la droite parlementaire propose soit de diminuer la redevance, soit même de la supprimer et d’admettre un paysage audiovisuel subsidié uniquement par la publicité. Ce serait bien évidemment l’abandon du service public ou la mort de la SSR. Votre mission est de la sauver dans cette conjoncture. Mais il faudra de l’ingéniosité, de la diplomatie et de la lucidité.
Tout d’abord en cessant de s’étendre comme une pieuvre dans le seul but de capter de la manne publicitaire: 7 chaînes de télévision et 17 postes de radio sur un budget équivalent à celui de France 2, c’est beaucoup trop. Ensuite, en faisant l’impasse sur le financement: à la SSR toute la redevance sans aucune publicité; aux privés toute la publicité sans rien de la redevance: parions qu’instantanément la qualité des programmes de télévision s’améliorera.
En échange, vous pourriez obtenir la disparition du rouage inutile de la Billag, qui mange 5% de la redevance en frais administratifs. La TSR est visible hors poste de télévision. Le plus simple est de la financer par une taxe portant sur la consommation d’électricité et d’abandonner une redevance vieillotte. Si cela vous convient, je m’en occupe volontiers.
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