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Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 13.06.2012 à 11:33 |
Une Organisation mondiale de l’environnement (OME) qui prendrait des initiatives environnementales et qui ferait enfin appliquer les décisions politiques existantes comme le protocole de Kyoto à l’ensemble des pays signataires? Une institution qui aurait les mêmes pouvoirs contraignants que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), capable de faire plier même les grandes nations quand elles prennent des mesures un peu trop protectionnistes? Cette question de la gouvernance mondiale en matière environnementale sera au cœur de Rio+20, cinquième Sommet de la Terre depuis 1972 qui se tient à Rio de Janeiro, du 20 au 22 juin prochains. «Ce projet d’OME n’a pas de grandes chances d’aboutir. La résistance est trop forte», observe Franz Perrez, chef de la division affaires internationales à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), contacté mardi à Rio. Formulée pour la première fois il y a une dizaine d’années, la proposition de créer une OME est aujourd’hui défendue notamment par la France et l’Allemagne. Mais maints pays y sont fort réticents. Ainsi les Etats-Unis craignent qu’une telle organisation ne vienne concurrencer l’OMC qui, selon eux, peut traiter en son sein les questions environnementales. Ils redoutent également qu’une OME freine leur développement technologique. Quant aux pays du Sud, ils refusent l’idée de se voir imposer des normes environnementales trop sévères qui nuiraient à leur propre croissance, oubliant qu’il est aujourd’hui toujours plus possible de concilier économie prospère et écologie (lire «La Tunisie, un laboratoire pour la Suisse» en page 32). Et la Suisse? Franz Perrez se dit plutôt favorable à «une autorité internationale capable de donner des orientations aux autres institutions actives dans l’environnement et dotée d’un certain pouvoir de contrainte». Mais il ne se berce pas d’illusions. «Jamais la communauté internationale dans son ensemble n’acceptera que les règles de l’OME soient calquées sur celles de l’OMC.»
«LES EXPERTS DOIVENT REMPLACER LES DIPLOMATES TROP POLITISÉS.»Franz Perrez, chef de la division affaires internationales à l’OFEV
Centres de compétences. Comme à son habitude quand elle pressent qu’un mur apparemment infranchissable se dresse devant elle, la Suisse imagine de subtils contournements. En l’occurrence, la délégation helvétique, conduite par Eveline Widmer-Schlumpf, en sa qualité de présidente de la Confédération, Doris Leuthard, à la tête du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, et Bruno Oberle, directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), arrivera en force à Rio. Dans ses valises figurent plusieurs propositions concrètes, réalisables dans un délai raisonnable et peu gourmandes en investissement financier. Bref, on est assez loin de la création d’un autre «machin», comme le qualifiait Sylvie Motard, vicedirectrice du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) pour l’Europe, lors de la conférence G21 organisée fin mai à Lausanne par l’IMD et l’association Nice Future. Ce PNUE, dont le siège européen est à Genève, que d’aucuns considèrent précisément comme une organisation dépourvue de pouvoirs efficaces. La Suisse propose donc la création de centres de compétences thématiques réunissant toutes les conventions internationales existantes dans un domaine particulier. Depuis 1992, date du premier Sommet de Rio, les accords internationaux relatifs à l’environnement ont augmenté de plus de 330%, a souligné Sylvie Motard. Il y en a aujourd’hui un bon demi-millier. Des instruments juridiques impossibles à gérer! C’est pourquoi il y a quelques années, sur l’initiative de la Suisse, un centre sur les produits chimiques et les déchets a été créé à Genève, avec un secrétariat gérant trois conventions internationales. Aujourd’hui, la Suisse veut mettre sur pied un nouveau système de coordination entre cinq traités sur la biodiversité. «Cette dernière initiative devrait être bien accueillie, notamment par les pays nordiques, africains, latino-américains et asiatiques,» souligne Franz Perrez. Place aux experts. Autre proposition helvétique: transformer la Commission du développement durable (CDD) de l’ONU, «qui ne fonctionne plus depuis quinze ans», en un Conseil du développement durable, directement subordonné à l’Assemblée générale de l’ONU. L’an dernier, la CDD s’est montrée incapable de s’entendre sur des questions liées à la production et à la consommation de biens durables car ses membres s’entredéchiraient sur le statut de la Palestine. «Les experts compétents doivent remplacer les négociateurs trop politisés», observe Franz Perrez. Les pays en développement ainsi que les petits Etats seraient particulièrement sensibles à cette initiative helvétique. Le Sommet de Rio sera aussi pour la délégation suisse l’occasion de convaincre ses partenaires de choisir Genève comme siège du secrétariat permanent du Fonds vert pour le climat (Green Climat Fund, GCF), provisoirement installé à Bonn. Créé en 2010 par les accords de Cancún, le GCF doit répondre au souhait de la communauté internationale de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques. Abritant notamment le siège de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le secrétariat du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la Cité de Calvin a de quoi séduire le reste de la planète face à ses concurrents allemand et sudcoréen. Eveline Widmer-Schlumpf et Doris Leuthard auront l’occasion, à Rio, d’exercer ce que la Suisse pratique avec talent: les relations bilatérales à grande échelle. |









