Mon cher collègue, Votre commission propose ce mardi 23 août de ne pas construire de nouvelles centrales «avec la technologie actuelle» , mais elle refuse de fermer la porte au nucléaire. C’est le plus qu’elle puisse faire pour embrouiller le message clair adressé par le Conseil fédéral trois jours après Fukushima et par le Conseil national votant la sortie du nucléaire durant la session de juin.
Bien évidemment lorsque l’on parle de sortir du nucléaire, il s’agit du nucléaire tel qu’il est et non tel qu’on peut le fantasmer. Car parler de générations en technique ne veut rien dire. Celle-ci évolue continûment. Il y aura de nouvelles «générations de réacteurs», mais rien ne dit que le risque de fusion du cœur et de production de déchets radioactifs sera définitivement écarté.
Votre proposition est suffisamment ambiguë pour autoriser le retour au nucléaire dans n’importe quelles conditions. C’est bien l’intention de l a majorité de droite du Conseil des Etats, qui n’est pas prête à avaliser la décision limpide de sortir du nucléaire prise par le Conseil national.
Votre stratégie explicite fut de viser un texte rassemblant, à deux abstentions près, l’unanimité de votre commission. Méthode classique dans les législatifs helvétiques: des décisions qui ne décident rien. Or, en l’occurrence il est urgent de décider: va-t-on encore investir dans la recherche sur le nucléaire ou plutôt dans les économies et la collecte d’énergies renouvelables? Ce qui sera dépensé d’un côté ne pourra l’être de l’autre. Et donc le choix politique doit être net: ou bien on sort définitivement du nucléaire, ou bien on lui laisse la porte entrouverte.
Le nucléaire a joui pendant un demi-siècle d’une réputation usurpée d’énergie bon marché, propre et quasiment éternelle. L’opinion publique a fini par comprendre qu’un jour il faudrait se passer de pétrole, mais elle s’illusionne en imaginant que les ressources en uranium seraient, en quelque sorte, renouvelables. La véritable distinction est celle entre le capital énergétique de la planète – pétrole, charbon, gaz, matières fossiles – et le revenu énergétique, solaire et géothermique.
Tôt ou tard il faudra inventer un système technique ne consommant que le revenu, tout comme une société anonyme peut vivre de son capital pendant un certain temps mais doit à terme équilibrer ses dépenses et ses recettes. Cela, votre commission ne l’a pas compris ou n’en a pas tenu compte. Soit elle est incompétente en la matière, soit elle manifeste la volonté des lobbys intéressés par la production centralisée d’électricité.
Un jour, la Suisse devra vivre essentiellement de ses ressources indigènes d’énergie parce que les ressources non renouvelables seront soit indisponibles, soit trop chères. Mieux vaut se préparer le plus tôt possible à cette échéance. Tout investissement dans une centrale nucléaire finit à terme par être perdu.
Isoler des maisons, relever des barrages, construire des éoliennes, forer des sondages géothermiques sont autant d’investissements durables. Votre commission s’est révélée incapable de comprendre cette vérité élémentaire. Vous l’avez menée dans une impasse.
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