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Par Charles Poncet - Mis en ligne le 29.08.2012 à 16:13 |
Madame, Elue en 2007 au Conseil administratif – qui est l’exécutif de la Ville de Genève – vous avez à votre actif une intelligence au-dessus de la moyenne – dans la classe politique tout au moins – et un goût pour les échauffourées verbales que l’auteur de ces lignes aurait mauvaise grâce à vous reprocher. Bien que je vous connaisse peu, vos origines italiennes m’ont valu à l’occasion de babiller avec vous dans la langue de Dante, plaisir auquel je ne me refuse jamais. J’hésite en outre à vous brocarder comme si vous étiez un homme, au nom d’une égalité que vous me paraissez revendiquer trop souvent pour que le propos soit sincère. Je soupçonne chez vous un goût du romantisme, de la famille traditionnelle, du rôle italien classique et consacré de femmes épouses, mères et piliers d’un assemblage laissant à l’homme l’illusion de l’autorité. J’avoue pour ma part une incapacité de chanter pouilles à une femme, fûtelle exaspérante, ce qui n’est pas toujours votre cas: il est, voyez-vous, des réflexes de protection et d’égards trop profondément inculqués pour qu’on y renonce aisément. Mais trêve de tentatives analytiques, dont vous contesteriez d’ailleurs le bien-fondé. Il faut, Madame, vous le dire sans circonlocutions: vous êtes une enfant gâtée et votre vision du monde est totalement délirante. Passons sur quelques querelles d’Allemand qu’on vous cherche à propos des combines de toutes sortes émaillant la vie quotidienne de votre département: responsable du Logement, vous supervisez de fait la plus grande régie immobilière de Genève. Gérée par une collectivité publique, elle ne peut être que le foutoir total qu’elle est – aujourd’hui comme sous vos prédécesseurs, tous partis confondus: le copinage y est systématique, je serais surpris que des enveloppes n’y circulassent point à l’occasion, car se loger est impossible à Genève et le pouvoir d’attribuer un appartement à tel impétrant plutôt qu’à tel autre est source de tous les abus. Je ne vous crois cependant pas femme de prébendes; vous souhaitez sans doute faire mieux, mais n’ayant aucun pouvoir réel sur vos subordonnés, ou prétendus tels, calfeutrés qu’ils sont dans un statut de fonction publique, il n’est guère surprenant que vous «régniez» sur le logement genevois à la manière de l’insignifiant Puyi sur le dernier royaume mandchou… Responsable des Finances, vous tenez à chaque occasion des propos de café du Commerce sur les «multinationales», les «hedge funds» et la «finance». L’entreprise et l’économie privée sont à vos yeux des tares, un mal nécessaire, tout juste bonnes à alimenter les caisses en impôts qui vous permettent de jeter l’argent par les fenêtres, multipliant les recrutements de collaborateurs improductifs, arrosant votre clientèle électorale de force prestations, sans penser qu’un jour proche, vous serez en banqueroute: outre une dette abyssale, les recettes vont plonger; ces entreprises que vous vouez aux gémonies peinent à se maintenir et vos caisses seront bientôt plus que vides; au pire moment possible. Que dans un tel climat vous ne preniez pas votre bâton de pèlerin pour courtiser des investisseurs, que vous laissiez Genève être la ville crasseuse et peu sûre où d’étranges bipèdes hantent les rues le soir venu, est une indignité. Mais vous n’en avez cure: laissant à d’autres la responsabilité que l’honneur vous commanderait d’assumer, vous préférez persister dans des divagations anticapitalistes, poursuivant la chimère d’une société dont le profit serait banni, où des coopératives de barbus subventionnés tiendraient sous votre houlette des meetings exaltant l’organisation sociale de quelque vallée bolivienne, le tout bien sûr aux frais d’une collectivité exsangue. L’élection, fût-ce à une fonction aussi dérisoire et subalterne que la vôtre, comporte le devoir d’un minimum d’honnêteté intellectuelle. Vous en êtes singulièrement dépourvue et que direz-vous lorsque la crise frappera à nos portes? Que c’est la faute à Voltaire? |









