Monsieur, Vous présidez une association de droit suisse. La FIFA loue l’impact «universel, éducatif, culturel et humanitaire( 1)» du football. A voir un match où la foule déchaînée vocifère à la mort de l’arbitre ou de l’équipe adverse, on pourrait douter de la vocation «culturelle» ou «humanitaire» de ce jeu merveilleux, dont les Anglais disent malicieusement qu’il est un sport pour gentlemen joué par des voyous, à la différence du rugby, sport de voyous joué par des gentlemen…
O tempora, o mores! Googler – comme on dit – «FIFA – Corruption» produit 6 770 000 résultats, en limitant la recherche à quatre langues. «Sepp Blatter – corruption» ne donne «que» 771 000 résultats. Cela ne prouve bien sûr rien du tout, mais quelle est aujourd’hui la crédibilité de votre «association» quand elle prétend «fixer des règles et les faire respecter (2)»?
La FIFA a son siège en Suisse. Est-ce encore à l’avantage du pays, face aux nuages qui s’accumulent sur votre occiput de Haut-Valaisan coriace et têtu? Dirigez-vous une organisation sportive ou êtes-vous tapi au pinacle d’une mouvance de fricoteurs transnationaux, où les enveloppes truffées de cash, les prébendes de toutes natures, les renvois d’ascenseurs et les coups fourrés, achètent les élections ou les attributions de championnats du monde de ce qui devrait être le jeu dont chaque enfant rêve?
L’avenir le dira. Ne vous connaissant pas, je présume chez vous la bonne foi et l’honnêteté, mais il faut bien admettre que la lecture d’ouvrages consacrés à la FIFA laisse diablement perplexe.
Dans How they stole the game, David Yallop – journaliste d’investigation fort respecté, dont on ne saurait écarter le propos d’un revers de main – traçait déjà en 1999 de la FIFA sous votre prédécesseur João Havelange un portrait qui donne froid dans le dos. Or, vous le rejoignîtes comme directeur technique dès 1975 et, depuis 1982, vous fûtes le secrétaire général de la FIFA.
Si ce que Yallop écrit est vrai, qui croira que vous n’en fussiez point partie prenante? Hors une tentative d’interdire le livre, qui échoua, je ne sache pas qu’il y ait une décision judiciaire constatant après débats et procès que Yallop aurait diffamé Havelange, Blatter ou la FIFA. En 2006, c’est Andrew Jennings – Ecossais, lui, mais tout aussi respecté de ses pairs – qui publie le dévastateur Foul, dont la lecture fait dresser les cheveux sur la tête.
Là aussi – à ma connaissance – tentative d’interdiction judiciaire sans succès et, que je sache, toujours pas de procès devant les tribunaux anglais, qui ne sont pourtant pas tendres avec les diffamateurs. Comme on ne saurait retenir que vous n’auriez pas les ressources pour agir en justice, que fautil conclure?
En novembre dernier, c’est la vénérable BBC qui s’y mettait et son émission Panorama, froidement intitulée FIFA’s dirty secrets.
Bref, Monsieur, une persistante odeur de brie émane de votre environnement immédiat et on doit aujourd’hui se demander si la structure «associative» ne condamne pas irrémédiablement la FIFA à la corruption, au copinage et à la magouille. Face aux milliards des droits de télévision et autres en effet, seule une société anonyme cotée en Bourse, avec un actionnariat sans groupes dominants et des réviseurs aiguillonnés par le risque de procès, pourrait assurer un fonctionnement échappant à la critique.
Ce serait sagesse pour la fin de votre règne: transformez donc franchement en une entreprise comme les autres ce qui a cessé depuis longtemps d’être un «idéal». Hélas, il est peu probable que vous fassiez ce choix: cramponné à votre siège, adossé à des placards que vous croyez à tort verrouillés à jamais, je crains, Monsieur, que vous ne deviez un jour vous résoudre à en voir sortir le cortège tintinnabulant des casseroles et des squelettes qui semblent s’y être accumulés depuis trente ans.
1) Statuts de la FIFA, art. 2(a).
2) Statuts de la FIFA, art. 2(c).
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