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Les années concessions. A nouveau, oui, puisque cela lui est déjà arrivé par le passé. Et Shanghai l’a payé. Shanghai, la superbe, «le Paris de l’Orient» – ou «la Putain de l’Asie» c’est selon – a une histoire comme nulle autre pareille. Occupée, enviée, bridée et désormais ouvertement jalousée, la ville au-dessus de la mer sort d’un siècle et demi si délirant qu’il aurait rendu schizophrène la plus humble des bourgades. C’est un peu du reste ce qu’était Shanghai au début du XIXe siècle. Pas vraiment un village de pêcheurs, comme on l’a souvent dit, mais un simple chef-lieu de district, du moins jusqu’à la signature, en 1842, du traité de Nankin. Dans cet accord marquant la fin de la guerre de l’Opium, Shanghai devient l’un des cinq ports ouverts au commerce occidental. Le tournant de son histoire.
Ses quais grouillants des rives du Huangpu vont d’emblée plonger «le visiteur dans un vertige pas si éloigné de celui qui, aujourd’hui encore, vous happe dès l’arrivée, écrit Christine Cornet dans l’anthologie Shanghai qui vient de sortir en librairie*. Un sentiment constant du “tout est possible”. Shanghai était déjà Shanghai.» Dynamique et prometteuse oui, au point de faire se presser au cours du siècle suivant des milliers de Chinois et d’Occidentaux vers les municipalités internationale, française ou chinoise. Déjà cette société mixte et colorée. Difficile encore aujourd’hui de lui coller une identité, tant «Shanghai est diverse, changeante, en constante évolution», relève Li Xiangning, vice-doyen de l’école d’urbanisme et d’architecture de l’Université de Tongji qui forme chaque année 3000 des 60 000 étudiants du campus.
Après les années légendaires de 1920-1930 qui continuent de nourrir les imaginaires; après la guerre sino-japonaise et l’occupation qui s’est ensuivie; après la rétrocession des concessions; ce qu’il subsiste alors du «Paris de l’Orient» voit débarquer les troupes de Mao. Accusée d’avoir été «une sorte de capitale du capitalisme» (lire l’interview de Li Xiangning), Shanghai la cosmopolite est désormais muselée. Et son déclin précipité.
Le bon revers de la médaille. La ville en tant que telle a perdu ses repères. Son développement urbain est gelé. Et non pas pour quelques mois, mais pour d’interminables années. Un drame pour celle qui s’enorgueillit d’être la plus grande métropole d’Extrême-Orient. Mais une chance aussi. Du moins, d’un point de vue urbanistique et a posteriori.
«A l’époque maoïste, explique Marlène Leroux, de l’atelier Archiplein (lire portrait ci-après), Shanghai est devenue le monstre, le diable, et a été mise sous scellés. On l’a oubliée. Cela a permis d’éviter certaines catastrophes.» Comme la totale destruction de l’extraordinaire concession française, par exemple. Un joyau d’urbanisme à défaut d’une perle architecturale aux rues bordées de platanes. «Une bulle dans la bulle», pour Francis Jacquier, d’Archiplein, qui y travaille et y vit. «Entre la Révolution culturelle, le Grand Bond en avant et autres bouleversements, les communistes n’avaient heureusement pas le temps de s’occuper d’urbanisme, ajoute Carl Schurmann. Cela explique pourquoi certains quartiers ont en partie été épargnés.»
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