Madame la Conseillère fédérale,
On vous crédite d’un goût pour les randonnées pédestres et s’il vous plaît un jour d’être en terre genevoise, commencez à la plaine de Plainpalais de bon matin, pour y revenir en fin de journée; au retour peut-être d’une ascension du Salève, a hill that borders Plainpalais on the South, dit Mary Shelley, avant d’y lâcher son célèbre personnage, avec qui – faut-il le souligner? – vous n’avez rien en commun.
«La Plaine» – comme on dit à Genève – révèle en un coup d’œil tout ce qui dysfonctionne dans la politique d’immigration de ce pays.
«La Plaine» – comme on dit à Genève – révèle en un coup d’oeil tout ce qui dysfonctionne dans la politique d’immigration de ce pays, ou plutôt dans les atermoiements et les pusillanimes demi-mesures qui en tiennent lieu.
C’est une sorte de losange de 80 000 m2 en plein centre de Genève. Il s’y tint jadis une exposition nationale, celle de 1896; on y tua 13 Genevois le 9 novembre 1932 lors d’une malencontreuse intervention fédérale.
Traditionnellement dévolue à des marchés, la Plaine est une sorte de terrain vague, mi-herbeux, mi-asphalté; elle tient un peu du Bronx dans sa partie nord, où d’enthousiastes adolescents pratiquent hardiment la planche à roulettes dans des sortes de citernes taguées et grillagées.
Son marché aux puces est légendaire, ses marchandes de quatre saisons aussi. Le Paris de l’Ancien Régime avait sa Cour des miracles – un espace de non-droit où tire-laine, crocheteurs, filles de joie et autres malfrats vivaient entre eux. Genève est en passe d’avoir la sienne et nous le devons à la politique d’immigration que vous incarnez.
Je connais bien la Plaine, car j’y passe tous les jours. Une colonie de Roumains s’y est installée. Utilisant les facilités d’un parking auxquelles l’exploitante, bonne fille, leur laisse accès, ils y commencent leurs journées, puis ils se dissipent et reviennent au crépuscule.
Ils dorment où ils peuvent – dans un accès désaffecté du parking, sur le parvis de l’église voisine, sous les pistes de planche à roulettes – et hors quelques probables chapardages, ils ne présentent aucun danger; leurs matrones à robes noires aux dents gâtées me rappellent les femmes de pêcheurs de l’Italie de mon enfance, qui allaient pieds nus: elles en ont la démarche lourde, la voix criarde et le regard blafard de ceux pour qui tout est peine et misère.
Les hommes font de leur mieux pour être présentables: ils se rasent, fument beaucoup, mais du tabac seulement, déjeunent à l’occasion d’une bière matinale, coupent du pain et du fromage en fin de journée et gardent un œil sur quelques marmots vêtus le mieux possible, mais dont je serais surpris qu’ils vissent souvent l’intérieur d’une salle de classe.
Pour toute nuisance, un occasionnel «donner kékchose Mesieur?» qui fend le cœur la première fois, puis indiffère, puis irrite.
Il s’y mêle en fin de journées des Africains au langage colorié et bruyant, parlant, me dit-on, qui le yoruba, qui l’igbo, qui le kinyarwanda. Dans cette confrérie-là, on trouve aussi des petits voyous vendant de la drogue de l’autre côté de la Plaine.
Ils sont arrivés récemment, chassés par des rafles dans leurs terrains antérieurs et les voici sur la Plaine. Certains ont des mines patibulaires. Les Genevois sont exaspérés. Ils ont raison.
Aucun de ces pèlerins ne devrait être en Suisse. Ils sont qui clandestins, qui vagabonds, qui délinquants. Leur place n’est pas chez nous, mais nous vivons une «libre circulation» avec nos frères de l’Europe de l’Est et pour nos frères africains, impossible de les renvoyer chez eux: requérants d’asile bidon, ils ont détruit leurs papiers et au nom des «droits humains», une certaine gauche ne veut pas exiger des pays d’Afrique aidés par la Suisse qu’ils acceptent en contrepartie de reprendre leurs ressortissants.
Vous êtes indolente face à cette immigration-là; vous refusez de voir se créer sous vos yeux un affligeant Lumpenproletariat d’étrangers dans nos villes.
Que direz-vous donc, Madame, si cet automne, le peuple suisse envoie 80 conseillers nationaux UDC à Berne? Ils étaient 21 en 1975. CHARLES PONCET
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