Cher Stéphane Rossini, Conseiller national valaisan, élu du Parti socialiste, vous avez pris une part active à la campagne cherchant à désarmer les Suisses. Prêchant sur le mode patelin que «lorsqu’il est question de réduire la violence et la mort sévissant de manière outrancière au sein de la société, nous portons comme citoyen-ne-s une responsabilité éthique d’agir»*, dégoulinant de bons sentiments et d’humanisme larmoyant, vous avez été battu à plate couture, y compris dans votre canton.
Il serait facile de brocarder la gauche qui, une fois de plus, montre sa pusillanimité en prétendant «résoudre» le problème de la violence par le désarmement des honnêtes gens, les criminels continuant, quant à eux, à disposer sans entraves d’un libre service d’armes à feu à des prix défiant toute concurrence, grâce notamment aux excellents réseaux kosovars et albanais, efficaces fournisseurs de tous produits clandestins, qui vont du modeste Saturday night special à six coups pour dame de la bonne société, jusqu’à la Kalachnikov flambante neuve, prête à tirer en rafales, acquise deux semaines plus tôt dans quelque arsenal russe pour faire le bonheur de tel ou tel jeune impétrant des banlieues françaises, désireux de visiter une caisse Raiffeisen de notre beau pays pour y musarder à sa façon......
C’est cependant à un instant de réflexion sur ce qui nous sépare que je voudrais vous inviter, car l’initiative dite «pour la protection face à la violence des armes» y incite de façon intellectuellement séduisante.
Laissons de côté l’arme militaire: franchement, que mon vieux fusil d’assaut 57, méticuleusement entretenu bien sûr, soit à l’arsenal et non dans le réduit où je lui jette à l’occasion un regard attendri, est d’importance secondaire et si quelque milicien déprimé utilise le modèle 90 pour s’ôter la vie un soir de mélancolie, ma foi il l’eût aussi fait par d’autres moyens.
La vraie question est ailleurs. Au régime relativement libéral d’aujourd’hui, votre initiative voulait substituer une clause de besoin. En d’autres termes, pourrait seul acquérir une arme qui prouverait à l’Etat en avoir «vraiment» besoin. De surcroît, un tatillon registre fédéral serait créé et tenu par une trentaine de fonctionnaires supplémentaires au moins, certaines armes postulées «particulièrement dangereuses» - notamment les shotguns (fusils à pompe) - étant carrément prohibées.
On se demande pourquoi et, vous sachant chasseur, je vous invite à tester mon Remington 870 à pompe à loisir: vous concéderez, je crois, qu’il n’a rien de particulièrement dangereux. J’oserais même dire que face à quelque malfrat entreprenant, le mouvement de charge est une bonne façon d’engager la conversation...
Et tel est le coeur de notre débat: est-ce à l’Etat et à sa bureaucratie de décider si je puis m’armer, ou est-ce à la citoyenne qui se veut protéger, ou que simplement rassure un rutilant neuf millimètres chargé dans sa table de nuit, de faire son libre choix, sous réserve d’un contrôle de police routinier et d’une simple déclaration? Qui a la priorité?
L’état, postulé plein de bonnes intentions et pourvoyeur serein du bien public, ou l’individu, tenu pour premier responsable de ses actes et de ses choix, capable de faire, de dire et de vouloir en toute responsabilité individuelle? Les armes à feu sont dangereuses? Evidemment oui, elles le sont, mais l’individu est-il moins qualifié pour décider de leur acquisition qu’une camarilla de fonctionnaires?
Le résultat du vote, paradoxalement, irait plutôt vers vous: les villes de ce pays (Zurich, Bâle, Genève), qui sont le moteur de sa prospérité économique et les lieux où les choses se passent, paraissent croire plus à l’Etat, l’individualisme semblant l’apanage d’une population plus âgée et moins urbaine.
L’avenir nous dira, cher Rossini, qui de l’individu ou de la bureaucratie paternaliste que vous appelez de vos voeux, prévaudra dans ce pays. En attendant, je garde mes flingues en toute légalité et je vous salue.
* www.stephanerossini.ch/ReflexionsPositions/Violence_armes.htm
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