La lettre ouverte de Peter Bodenmann
A Ueli Maurer
Monsieur le Conseiller fédéral, Notre armée n’a aucune fonction. Nous ne craignons pas d’assaut de la part de l’Union européenne et les engagements à l’étranger n’apportent, lorsqu’on fait le bilan, que du mécontentement. Pour ce qui est de faire régner l’ordre dans notre pays, nous avons la police. Et, pourtant, la majorité de la population suisse souhaite maintenir une armée, qui nous coûte aujourd’hui 8 milliards de francs, dont la moitié à charge de la Confédération et l’autre moitié assumée par les salariés et les entreprises en journées de travail perdues. Une petite armée suisse composée de 80 000 soldats de milice suffirait à satisfaire ce besoin irrationnel de sécurité. Les coûts et les jours de service pourraient sans problème être réduits de moitié, tout en doublant notre force de frappe par une artillerie plus mobile. Vous devriez tout simplement adapter votre commerce à la situation mondiale actuelle et aux besoins qui en résultent, tout comme le préconise même l’éminence grise du DDPS, Hans Ulrich Ernst: «Il n’y a pas besoin de nouveaux avions.» Mais vous voilà, en tant qu’ancien représentant des agriculteurs, en train de mener un petit théâtre rural. Acte I: après le départ de Samuel Schmid, vous faites les comptes du Département militaire et vous évaluez à combien nous reviendront les nouveaux avions ces quarante prochaines années. Acte II: vous laissez transpirer l’information qu’on ne peut, avec 2 milliards de francs, acheter que onze nouveaux avions. Globalement, ils engloutiront 7 milliards durant leurs quarante années de service. Acte III: vous demandez d’abord au Conseil fédéral une rallonge de 500 millions de francs par an pour l’armée. Acte IV: comme le Conseil fédéral ne mord pas à l’hameçon, vous proposez de renoncer à de nouveaux avions. Acte V: vous arrachez avec succès les larmes de la majorité bourgeoise au sein de la Commission militaire du Conseil national, qui soutient illico votre demande de rallonge de 500 millions.
Ce qu’on a appris une fois ne s’oublie plus. Et un rapide calcul montre ce qui suit. Comme toute compagnie aérienne le sait, on peut épargner sur les coûts lorsqu’on n’utilise qu’un seul type d’avion. Ce qui vaut, en l’occurrence, pour l’aviation civile s’applique aussi aux avions militaires. Celui qui, poussé par la peur, souhaite acquérir de nouveaux avions, peut sécuriser le ciel suisse ces quarante prochaines années par une police aérienne équipée de 24 chasseurs Gripen suédois. Ces 24 Gripen coûteraient au maximum 300 millions de francs par an. Un total qui comprend les intérêts, l’amortissement, le fonctionnement, l’entretien et le renouvellement. Sur les 300 millions nécessaires, on peut déjà soustraire 210 millions de francs, engloutis aujourd’hui simplement par l’entretien des Tigers et des F-A/18. Il reste à trouver 90 millions de francs. Ces 90 millions de francs correspondent à peine à 1% de leur coût annuel aujourd’hui. L’armée suisse pourrait, dans la foulée, s’exercer en Suède et libérer ainsi les aéroports de Sion et de Meiringen de leurs nuisances sonores. Quelques questions se posent: à quel point pensez-vous que la population suisse ne sait pas calculer? Pourquoi ne demandez-vous pas à des spécialistes étrangers de concevoir une armée qui ne nous coûterait plus que la moitié de ce qu’elle réclame aujourd’hui, en frais directs et indirects? Ce théâtre est-il destiné à distraire notre attention du fait que, avec votre armée – comme c’est le cas pour l’agriculture, où l’on paie les pommes de terre trois fois plus chères qu’à l’étranger – vous défendez des structures dépassées au lieu de les modifier? Après cette première vidéo sur le tireur d’élite Ueli Maurer (www.youtube.com/watch?v=8tYzcOi9KSo), vous devriez faire tourner par le soldat Pipo, de Salquenen, une deuxième vidéo sur notre armée trop coûteuse. Au lieu de le faire poursuivre par une police militaire sousoccupée. Avec mes meilleurs voeux.
Les coûts et les jours de service pourraient sans problème être réduits de moitié.
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