«Nous n’avions pas envie de le faire, mais c’était nécessaire», a déclaré Henry Paulson, secrétaire américain au Trésor, à propos du plan de sauvetage du système financier mondial. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
La somme de 700milliards de dollars qui devrait être mise à la disposition d’un fonds public – après approbation du Congrès – pour acheter les actifs invendables des banques est énorme: elle représente une charge potentielle de quelque 2300dollars pour chaque habitant des Etats-Unis.
Elle ne constitue toutefois qu’une goutte d’eau en regard de l’océan des 51000milliards de dollars que pesait le marché mondial des dérivés de crédits en juin 2007; juste avant la première grande secousse de la crise financière en cours. Proche de zéro. Ces 700 milliards permettront tout juste de sortir du bilan des banques leurs titres les plus toxiques: ceux qu’elles n’ont plus aucune chance de vendre mais qui pourraient encore devoir être dévalués de trimestre en trimestre, puisque leur valeur de marché se rapproche à grande vitesse de zéro.
Or, à chaque dévaluation de ses actifs, une banque doit en vendre d’autres pour maintenir le ratio entre les fonds propres et les engagements au niveau du minimum légal. De quoi avancer à marche forcée vers la faillite. Et la faillite d’une banque – comme Lehman Brothers – ou d’un assureur – comme on l’a craint pour AIG – crée un risque de contrepartie pour de nombreux établissements, l’entreprise qui disparaît ne pouvant pas tenir ses engagements. D’où les pertes essuyées par certains clients sur des fonds monétaires ou des produits structurés jusque-là présentés comme très sûrs.
Un début de panique s’est ensuivi aux Etats-Unis avec des retraits massifs de ces fonds. Or, le vrai risque systémique pour le système bancaire est là: une perte de confiance généralisée; avec des banques qui ne se prêtent plus entre elles, faute de pouvoir évaluer la capacité de survie de leurs partenaires, et des clients qui retirent leur argent pour le conserver en billets...
Les autorités publiques américaines s’apprêtent à faire peser sur les contribuables le risque d’une facture de quelques centaines de milliards de dollars – en sus des engagements déjà pris envers Fannie Mae et Freddie Mac: si l’évaluation à 700 milliards de la valeur des titres actuellement bradés sur les marchés est trop optimiste, leur vente rapportera beaucoup moins dans quelques années.
Potion amère. Mais cette socialisation d’une partie des pertes des géants bancaires est une potion amère pour éviter un mal bien plus cruel: l’effondrement du système financier mondial qui provoquerait une série de faillites bien au-delà des banques et des assurances. Avec l’entrée en force du plan de sauvetage des actifs gangrenés par la crise, les autres dérivés de crédits qui resteront sur les marchés – ceux qui sont moins exposés aux risques de l’immobilier américain – devraient reprendre rapidement de la valeur.
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LEXIQUE Dérivés de crédit, «ARS»... les produits pourris dont va hériter le ministère des finances américain.
ARS (Auction Rate Security) Le taux d’intérêt de ces «obligations à enchères» est fixé régulièrement aux enchères. Vendus comme très sûrs avant la disparition de la liquidité sur ce marché, les ARS étaient surtout utilisés par les collectivités publiques. Sous la pression de la justice américaine, Citigroup, Merrill Lynch et UBS ont dû reprendre dans leurs comptes – en avril dernier – 49 milliards d’ARS vendus à des clients qui ont jugé, a posteriori, avoir été mal conseillés à propos des risques réels de ces placements.
Dérivé de crédit Tous les dérivés de crédits ne sont pas devenus des bouts de papiers sans valeur avec la crise des subprimes. Un dérivé de crédit – qui permet à une banque de transférer le risque d’un crédit en conservant les autres composantes du contrat – a pour sous-jacent un crédit ou une obligation.
Sa valeur varie avec celle de ce sous-jacent et l’évolution des taux d’intérêt. Les dérivés sur crédits hypothécaires, crédits commerciaux, prêts aux étudiants ou encours de cartes bancaires représentent un immense marché, évalué à plus de 50000milliards de dollars à la mi-2007. Depuis, la valeur des dérivés sur crédits hypothécaires subprimes, ainsi que les produits composés sur cette base comme les CDO (voir ci-dessous), a dégringolé.
Credit Swap Cette technique offre aux établissements financiers la possibilité d’échanger entre eux les revenus de crédits de types différents: ceux d’un crédit hypothécaire contre ceux d’un crédit commercial. Un moyen simple, pour une banque, d’équilibrer son portefeuille de prêts s’il est trop exposé à l’immobilier ou à la consommation. La défaillance d’une banque déstabilise la gestion du risque des établissements financiers qui avaient conclu des credit swaps avec elle. La valeur de ces contrats d’échanges part en fumée.
CDO (Collateralised Debt Obligation) De drôles de produits mixtes; devenus célèbres avec la crise des subprimes, sur fond de critique des agences de notation qui avaient trop généreusement attribué leur meilleure note – AAA – à certains d’entre eux. Une CDO regroupe des tranches de crédits de qualités différentes: un produit composé d’un peu de subprimes pour beaucoup de prêts à des emprunteurs de première qualité était censé être pourvu du risque minimal, labellisé triple A.
En partant d’un raisonnement qui s’est révélé complètement faux: les emprunteurs des différentes tranches, s’ils étaient amenés à ne pas respecter leurs engagements, feraient défaillance les uns après les autres... Or, certains membres des classes moyennes ont aujourd’hui autant de difficultés que les populations pauvres à faire face à leurs échéances hypothécaires. La valeur de certains CDO a ainsi chuté très vite.
CDS (Credit Default Swap) Un contrat entre deux parties engageant l’une à verser une prestation à l’autre si cette dernière était confrontée à une perte sur l’actif ainsi protégé. Les financiers comparent souvent le CDS à un contrat d’assurance. La crise des dérivés de crédits ayant multiplié les défaillances d’emprunteurs, les CDS ne valent parfois plus grand-chose si l’établissement financier censé assurer la couverture du risque est lui-même en grande difficulté financière... Les CDS constituent l’essentiel des dérivés de crédit. •GB |
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