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Actualité beat: les disques et les livres

Mis en ligne le 10.03.1994 à 00:00

L'Hebdo; 1994-03-10

Actualité beat: les disques et les livres

William Burroughs

«Spare Ass Annie»

Qu'il existe une filière naturelle entre le récitatif beat et le rap, c'est ce que démontre cette oeuvre réalisée sous la houlette d'Hal Wilner, spécialiste du disque-concept (voir ses hommages à Nino Rota, Thelonious Monk, Kurt Weill...), dont le seul titre justifie l'avertissement adressé aux parents sur la pochette. De sa voix traînante aux accents du Sud, Burroughs y récite des extraits de ses oeuvres majeures («Le festin nu», «Interzone», «Nova Express»...) qui, étonnamment, trouvent un juste accord avec le rap new-yorkais des Disposable Heroes of Hiphoprisy. Island. Distr. BMG.

William Burroughs et Kurt Cobain

«The «Priest» they called him»

Nouvelle collaboration de l'Oncle Bill en forme de conte de Noël apocalyptique et overdosé, avec le guitariste comateux de Nirvana cette fois-ci. Burroughs n'a jamais caché son intérêt pour la guitare rock (le magazine «Rock & Folk» publiait en décembre dernier le récit de sa rencontre avec Jimmy Page): celle de Kurt Cobain commence par revisiter «Voici Noël» à la manière de Hendrix s'emparant de l'hymne national américain; le reste n'est que larsen, distorsion et bruits d'enfer. Attention: ce CD vendu au prix d'un disque longue durée fait moins de dix minutes. Quand le consommateur s'indigne, on lui répond que ce sera bientôt un collector. Tim Kerr Records. Import.

Philip Glass et Allen Ginsberg

«Hydrogen Jukebox»

Américain fasciné par l'Inde et le bouddhisme, le compositeur Philip Glass ne pouvait manquer de rencontrer Allen Ginsberg. Chose faite avec cette oeuvre lyrique où l'on entend le poète dans le rôle du narrateur. Claviers, saxophones, flûte, percussions et ensemble vocal tissent une musique subtile et pour ainsi dire new age où s'expriment les sentiments de celui qui, ayant beaucoup voyagé, revient là où il est né. Le titre est emprunté à un vers du fameux poème «Howl»: c'est la voix d'une génération à moitié folle qui boit de la bière plate en «écoutant le craquement d'apocalypse du jukebox à hydrogène». Elektra. Distr. Musikvertrieb.

George Gruntz et Allen Ginsberg

«Cosmopolitan Greetings»

Un Bâlois qui travaille sur des textes de Ginsberg? Oui, ça existe. C'est George Gruntz, un maître helvétique du big band (il a notamment participé au concert montreusien de Miles Davis sous la direction de Quincy Jones), qui offre la surprise de cet opéra jazz enregistré à Cologne en mai 92, avec des parties improvisées, et où l'on découvre la fine fleur du jazz contemporain: Ray Anderson au trombone, Don Cherry à la trompette, Howard Johnson au tuba et au sax baryton... Les poèmes de Ginsberg sont décidément en bonne compagnie. Migros-Genossenschafts-Bund.

Howl Kaddish

D'Allen Ginsberg

Christian Bourgois vient de rééditer deux livres en édition bilingue du grand poète beat. Publié pour la première fois en 1956, «Howl» valut à son auteur des tracas dignes du maccarthysme: saisie et procès. On y relit avec plaisir ce long poème jazzy et hypnotique où il se confronte, en nègre blanc, au Moloch américain. Ecrit quelques années plus tard, «Kaddish» est consacré pour l'essentiel à un long poème narratif inspiré par sa mère, Naomi Ginsberg, prisonnière d'une folie sans pitié. D'autres publications de Ginsberg sont annoncées chez le même éditeur: «Mind Breaths», «Plutonian Ode» et «Linceul blanc». Christian Bourgois, 93 p. et 218 p.

Visions de Cody

De Jack Kerouac

«Visions de Cody» fait partie de la douzaine de livres écrits par Jack Kerouac avant de trouver l'éditeur qui publiera «Sur la route». Datant de 1951-1952, ce roman est défini par la préface de Ginsberg comme «l'oeuvre d'un génie primitif (...) comparable aux visions du Douanier Rousseau». Prose de possédé, chavirée, qui va jusqu'au bout de l'Amérique par les gares routières et les wagons à bestiaux, partagée entre les influences de Charlie Parker et de Céline. Un livre essentiel de Jack Kerouac. Christian Bourgois, 584 p. M. A.




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