Parce que c’est toujours lorsqu’elles échouent qu’on les montre du doigt. Pauvres administrations – communes, cantons, Confédération – coincées entre une gestion plus compétitive et la transparence due au public. Sensible à ce tiraillement et persuadé qu’il existe des dizaines de solutions géniales et méconnues en Suisse, le professeur Yves Emery, de l’IDHEAP (Institut de hautes études en administration publique), lance avec la SSSA (Société suisse des sciences administratives) la 3e édition du concours Excellence, ouvert jusqu’au 19 juillet et dont L’Hebdo est partenaire média. En novembre, le jury primera les manières exemplaires de fournir des services publics, selon sept catégories, de la cyberadministration à l’implication des citoyens.
Les administrations traînent une image poussiéreuse. Pourtant, il y a des innovations?
Les administrations se trouvent sous la pression constante du public, désignées pour ce qui ne va pas. Il faut donc être ingénieux pour développer des projets intéressants et ceux-là viennent souvent des fonctionnaires dirigeants, qui convainquent l’élu en charge. Alors que dans les médias, on présente l’inverse, avec un politique qui lance des réformes et ses fonctionnaires qui résistent.
Le fédéralisme handicape-t-il la Suisse?
Au contraire, il favorise l’innovation. Quand on explique à nos voisins européens ce que pourrait faire une commune comme Chavannes-près-Renens (où est situé l’IDHEAP), les yeux leur sortent des orbites. Dans des Etats centralisés comme l’Allemagne et la France, une commune ne peut rien faire seule, toutes les décisions viennent de la capitale. En revanche, le fédéralisme pose problème pour l’efficacité d’ensemble, par manque de synergies. En Suisse, nous avons un talent certain pour réinventer la roue! Mais c’est en train de changer, avec les conférences intercantonales et les fusions de communes. La Suisse mise sur les réseaux, qui constituent un bon palliatif à l’action intégrée. Si elle parvient à concilier l’autonomie locale et la coordination, le mariage est idéal.
Qu’espérez-vous avec ce concours?
Offrir une reconnaissance aux fonctionnaires qui s’investissent, mais aussi générer de l’apprentissage. Nous organisons des ateliers autour des lauréats afin que leurs projets en inspirent d’autres.
Cela fonctionne-t-il?
Nous n’avons pas les moyens financiers d’effectuer un suivi. De plus, les administrations qui s’inspireraient d’autres ne le diraient pas. Il est rare qu’un projet soit repris tel quel, elles se le réapproprient et le présentent comme unique...
Que deviennent les lauréats?
Certains continuent l’opération. D’autres, en Europe par exemple, ont vu leur projet brutalement stoppé par un changement de gouvernement, qui voulait imposer sa marque. Nous encourageons les lauréats suisses à participer au concours européen de l’EPSA (European public sector award), une manière de faire briller notre pays à l’échelle internationale. En 2009, la police lausannoise – qui a renforcé l’éthique et lutté contre l’omerta – a décroché une 2e place. On peut penser que si la Suisse avait été membre de l’Union européenne, elle aurait obtenu le 1er prix.
La Suisse peut donc régater au niveau international?
Bien sûr! Le problème, c’est la modestie couplée à un manque d’opportunité politique: les administrations n’osent pas présenter leur candidature. Certaines téléphonent même pour savoir ce qui se passera si elles ne gagnent pas, la peur de l’échec les retient. C’est pourquoi nous n’avons qu’entre 20 et 30 candidatures.
La crise économique va-t-elle influer sur cela?
D’une part, elle pousse à la remise en question, donc à l’innovation. De l’autre, il y a plus de travail avec moins de personnel, donc certains n’auront pas les ressources pour présenter leur dossier.
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