Au début de septembre, Bristol Palin, la fille de la candidate à la vice-présidence des Etats-Unis, faisait les grands titres de la presse. «Enceinte de cinq mois à 17 ans!» Sans le savoir, la fille de Sarah Palin est un peu le porte-drapeau de toutes les adolescentes qui ont décidé de garder leur bébé. Car ces jeunes filles sont de plus en plus nombreuses, en Suisse comme en Europe.
Médecin associé à la consultation de gynécologie pédiatrique et de l’adolescence au CHUV, Saira-Christine Renteria constate que le nombre d’adolescentes qui accouchent chaque année au CHUV est en nette augmentation: «Il a pratiquement doublé en sept ans.» Cela représente 82 adolescentes de 13 à 18 ans pour le seul canton de Vaud.
La tendance est européenne, comme le confirme Marina Costa, de Lust und Frust, un bureau de conseils pour adolescents de la ville de Zurich. En juin, ce médecin scolaire a suivi un colloque organisé par le Ministère allemand de la santé. Il réunissait des spécialistes de toute l’Europe. Leur constat: le phénomène est en recrudescence. La doctoresse zurichoise rencontre pour sa part des adolescents tous les mercredis. «Je n’ai pas de chiffres précis, mais les cas sont plus nombreux, les situations plus complexes.» Les professionnels donnent plusieurs explications à ce phénomène. Sage-femme au CHUV, cheffe du secteur ambulatoire, Marie-Thérèse Adjaho note d’abord qu’avoir un bébé à l’adolescence n’est plus un tabou. «Le regard de la société a changé. Alors qu’il y a encore vingt-cinq ans, c’était impensable: la famille et les professionnels conseillaient d’avorter.»
En outre, parmi les jeunes filles qui gardent leur enfant, beaucoup vivent des situations de désinsertion sociale. «C’est parfois le bébé «réparation» à la suite d’un échec scolaire ou une rupture avec la famille», constate Saira-Christine Renteria. Beaucoup ont peu de perspectives, pas de place d’apprentissage, vivent de l’aide sociale. Devenues mères, ces adolescentes espèrent gagner une reconnaissance: avoir un enfant, c’est faire quelque chose.
Mais à la sortie de l’hôpital, après l’accouchement, les choses sérieuses commencent. Jusqu’à ses 18 ans, la jeune maman aura affaire au tuteur de son enfant. Tutrice générale du canton de Vaud, Noémie Helle explique: «Elles sont contrôlées à un âge où l’on déteste l’être. Nous devons les aider à assumer leur rôle de mère, tout en ne leur donnant pas le pouvoir de décider.»
Le père est parfois majeur et revendique cette autorité. «Nous faisons toujours un test de paternité à cet âge-là. Il arrive parfois qu’il soit négatif et que celui qui se croyait papa ne le soit pas.» La capacité de l’adolescente à s’occuper du bébé sera évaluée par des professionnels. «Dans la mesure du possible, nous faisons tout pour ne pas le séparer de la mère.»
Si certaines jeunes filles retournent vivre dans leur famille, d’autres n’ont pas cette chance. Il faut alors trouver des solutions au cas par cas. Saira-Christine Renteria: «L’offre en la matière n’est pas suffisante. Parfois, le bébé est placé dans une famille d’accueil. Sa mère le voit les mercredis et le week-end.»
Cette surveillance étatique, Karine Burkhardt ne l’a pas connue. Elle a eu son premier enfant à 16 ans, suivi de deux autres avec le même père, qui est devenu son mari – malheureusement décédé d’un cancer il y a deux ans. Pas une seconde, elle n’a regretté son choix.
«Nous habitions ensemble et ma mère était tutrice de notre enfant.» Aujourd’hui, cette future assistante sociale de 26 ans a fondé l’association Jeunes parents qui compte une centaine de membres. «Nous sommes aconfessionnels, informons les jeunes filles de leurs droits et luttons contre toute pression. Apparemment, nous répondons à un besoin, car nous avons beaucoup de demandes...»
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Un Bébé à 17 ans «Je suis heureuse de l’avoir gardé»
Assise sur le canapé familial d’un modeste trois-pièces et demi près de Fribourg, Sonia regarde sa fille, sagement installée dans sa balancelle. A 17 ans, la jeune fille est mère d’une petite Fabiana, 7 mois. «Elle est très sage: elle ne se réveille jamais la nuit.» Captivé par les images qui défilent sur une chaîne de télévision portugaise, le bébé ouvre de grands yeux bruns. Sonia raconte comment elle a appris sa grossesse, un beau jour du mois d’octobre.
«J’avais mal au bas ventre, j’ai été voir un gynécologue. Après l’examen et une échographie, il m’a dit: «Félicitations, vous êtes maman d’un bébé de cinq mois!» Ce fut un choc: j’ai dû devenir rouge, verte, bleue, rose. Je ne savais pas si j’allais me tuer avant de sortir de chez lui…» Pourtant, il n’était pas question d’avorter. «Je n’ai jamais approuvé les femmes qui le faisaient. J’adore les bébés et je sais ce que cela représente d’élever un enfant. Ma petite sœur a 5 ans, et je m’en suis beaucoup occupée.» A la maison, ses parents, des Portugais qui vivent en Suisse depuis cinq ans, ne sautent pas de joie.
«Ma mère, 34ans, a déprimé quelques jours. Mon père, 36ans, ne s’est pas trop exprimé. Par la suite, il m’a beaucoup aidée.» A l’école, ses camarades apprennent la nouvelle par la prof de classe, à la demande de Sonia. «Ils étaient tous contents pour moi. En revanche, certains garçons originaires d’ex-Yougoslavie me traitaient de «p…» Ils me disaient: «Tu ne sais pas qui est le père.»
Le père, Sonia le connaît bien. Il a 22 ans, vit à Lausanne, mais ne vient plus voir sa fille: «Nous sommes sortis ensemble pendant deux ans et demi. Nous ne nous protégions pas. Il me disait qu’il savait ce qu’il faisait. Je l’ai quitté quelques mois avant d’apprendre ma grossesse.» Aujourd’hui, Sonia est heureuse d’avoir sa fille. «Elle me fait regarder en avant.» Evidemment, elle a perdu ses copines de vue et ne peut pas sortir le soir. La journée, sa mère et une voisine gardent Fabiana pour qu’elle puisse suivre les cours d’un semestre de motivation. Son rêve? Trouver un apprentissage d’assistante dentaire. •SP |
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