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Par Yves Genier - Mis en ligne le 04.07.2012 à 12:45 |
La banque Notenstein est née brutalement un 27 janvier. Sa création s’est effectuée en à peine dix-huit jours, à partir de la disparition soudaine de Wegelin après son inculpation aux Etats-Unis pour aide à évasion fiscale. C’est à un patron de 39 ans, Adrian Künzi, alors associé du collège de cette banque privée saint-galloise dirigée alors par Konrad Hummler, qu’a incombé le défi de créer une nouvelle institution en un temps record. Cela, sous la direction d’un nouvel actionnaire, le groupe Raiffeisen. Comment avez-vous appris la nouvelle de l’inculpation de la banque Wegelin aux Etats-Unis? Et comment avez-vous pris en charge sa transformation en banque Notenstein? C’est le 8 janvier dernier, un dimanche, que j’ai reçu du collège des associés de Wegelin la mission de déclencher le plan B. Un plan qui existait dans ses grandes lignes. Il consistait à séparer les activités américaines et à créer une nouvelle structure avec les 95% d’affaires restantes. C’était un travail énorme, qui, dans des conditions normales, aurait pris entre douze et dix-huit mois. Notre objectif était de réaliser cette scission le plus rapidement possible. Nous avons réalisé notre projet en dix-huit jours seulement, en travaillant jour et nuit. Votre nomination à la tête de Notenstein, et sa cession au groupe Raiffeisen faisaient-elles partie du plan B? Ces éléments ont été définis entre le 8 et le 27 janvier. Avez-vous eu beaucoup d’acheteurs? Raiffeisen n’était pas notre seule option. Mais nous l’avons très clairement favorisée car elle était l’un des rares acquéreurs qui cherchaient à reprendre la banque dans son intégralité. La présence à Saint-Gall du siège de ce groupe a aussi été importante pour nous: la transaction se réalisait entre maisons de la même ville, ce qui simplifiait les processus. Enfin, la transaction a été guidée par une logique industrielle: nous appartenons désormais à un groupe très bien capitalisé, qui compte quelque 3 millions de clients. Ce qui ouvre des perspectives de développement en Suisse. Sur quelle base avez-vous été sélectionné pour prendre la direction de Notenstein? Je suis dans la banque depuis 1995. J’ai donc déjà une large expérience et une bonne vision de ses activités. Quelles ont été les conséquences de ces changements sur la marche des affaires? Avez-vous perdu des clients? Nous sommes revenus au niveau de la masse sous gestion de janvier, à 21 milliards de francs, après une baisse de près d’un milliard de francs (4 à 5% de la masse) lors des premières semaines. Dans une telle transaction, on anticipait un recul de 20 à 25%. Un élément essentiel de cette fidélité tenait au fait que les conseillers à la clientèle sont restés dans la banque. Nous n’avons eu que six départs sur 150. Que sera Notenstein dans cinq ans? Nous allons développer le marché domestique suisse avec un objectif de croissance de 5 à 10% l’an, alors que la moyenne devrait avoisiner 2 à 3%. Comment convertit-on aussi vite une culture d’entreprise fondée sur le secret bancaire aux réalités d’une entreprise appartenant à un groupe ouvertement favorable à l’échange automatique d’informations? Les différences ne sont pas aussi importantes qu’on pourrait le croire de l’extérieur. Nous avons toujours cultivé l’esprit d’entreprise et le volontarisme. Nous sommes une banque jeune, avec une moyenne d’âge de 36 ans, qui cherche à croître de manière interne et non pas par des acquisitions. Raiffeisen vit une réalité similaire. N’êtes-vous pas en contradiction avec la position de Pierin Vincenz, directeur général du groupe Raiffeisen, ouvertement en faveur de l’échange automatique d’informations? Nous devons toujours être ouverts à des propos sortant des sentiers battus. C’est la position de Pierin Vincenz comme la mienne. La vraie question est de savoir ce que l’on obtient en échange: aurons-nous l’accès au marché, un élément clé pour les banques suisses?
PROFIL - ADRIAN KÜNZI Le directeur général de Notenstein a accédé à son poste en janvier dernier à l’occasion de la scission de la banque Wegelin. Il y était entré en 1995 après avoir été diplômé de Saint-Gall et de Cambridge, y a gravi les échelons pour accéder, en juin 2007, au rang d’associé de la banque dirigée alors par Konrad Hummler. Il ouvre les bureaux lausannois (2004) et genevois (2007). L’amende, en dollars, à laquelle la banque britannique Barclays a été condamnée par les régulateurs britannique et américain pour avoir participé à une vaste manipulation du taux Libor. |









