Drôle de collision dans l’actualité politique suisse: le Grand Conseil neuchâtelois a voté presque à l’unanimité la constitution d’une commission d’enquête parlementaire pour ausculter les faits et gestes d’un ministre en place depuis un an à peine. A Berne, l’opportunité d’une CEP sur la quasifaillite d’UBS est discutée depuis des mois, et sa mise sur pied toujours âprement combattue malgré le rapport accablant des commissions de gestion.
D’un côté, une petite affaire provinciale, mi-vaudeville, mirèglement de comptes politique, de l’autre, le scandale national de la décennie. Quels que soient ses torts, Frédéric Hainard pourra méditer sur la différence de traitement réservée à un banquier ou à un homme politique.
Sa gestion sera disséquée, et la probabilité qu’il puisse redevenir dans quelques mois un ministre crédible paraît mince.
Ce fiasco dans un canton en crise aurait-il pu être évité? Il faut distinguer dans cette affaire entre le volet bluette et la responsabilité de l’homme d’Etat.
Un ministre, comme n’importe qui, peut tomber amoureux: cet embrasement est d’ordre privé, il ne regarde que Frédéric Hainard, sa famille et sa maîtresse. En revanche, un homme public, promu par une élection populaire, se doit d’avoir un comportement exemplaire, et notamment s’interdire de favoriser des proches. Dans les petites républiques que sont nos cantons, ce dernier précepte est parfois difficile à respecter. Beaucoup de nominations sont entachées du soupçon de favoritisme. C’est pourquoi les procédures d’engagement se sont professionnalisées. Mais elles n’exonèrent pas un ministre de faire preuve d’un peu de finesse. Frédéric Hainard pouvait bien avoir une maîtresse, il aurait dû éviter à tout prix qu’elle soit engagée dans l’administration cantonale, et encore plus dans un service de son département.
L’affaire Hainard pose aussi la question de la responsabilité du Parti libéral-radical qui l’a investi pour les élections. A la suite de différents «scandales», les auditions de candidats auxquelles s’astreignent les partis sont devenues plus inquisitrices, l’honnêteté fiscale étant particulièrement surveillée, sans toutefois que les partis nationaux édictent des directives unifiées à l’intention des sections cantonales. L’engagement en politique ne repose-t-il pas sur la confiance?
Jusqu’où les investigations de la commission électorale ontelles été? A-t-on osé poser les questions délicates, puisque portant sur sa vie privée, à un candidat qui s’annonçait champion de son camp? Ou Hainard a-t-il déjà à cette occasion menti à son parti? Ou a-t-il été naïf et négligent, ne distinguant pas le potentiel de nuisance qu’une relation extraconjugale peut faire courir à un élu? Il n’y a pas que l’amour qui rende aveugle, l’ambition de gagner les élections aussi.
L’ENGAGEMENT EN POLITIQUE REPOSE SUR LA CONFIANCE.
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