Affaire Madoff: plainte contre UBS et Ernst & Young
Exclusif. Un cabinet parisien d’avocats, représentant des centaines de clients du fonds UBS Luxalpha, va lancer une procédure judiciaire contre la banque et son réviseur. Une première. L’escroquerie aurait fait 3 millions de victimes dans le monde.
«Il y a un grand mépris dans l’attitude d’UBS. Je ne m’y attendais pas.» Dans son bureau du VIIIe arrondissement de Paris, Isabelle Wekstein-Steg, associée du cabinet WAN avocats, est pensive, mais ne se décourage pas. Bien au contraire. La cause de ses clients, grugés dans l’affaire Madoff après avoir investi dans le fonds Luxalpha dont la banque suisse était dépositaire et gérante, donne à l’avocate un surcroît de détermination. «Nous irons jusqu’au bout, même si la bataille doit être longue.» L’enjeu est de taille: au total, Luxalpha pesait près de 2 milliards de francs.
Hostilités. Le début des hostilités est imminent. «Nous allons entamer une procédure judiciaire contre UBS et Ernst & Young, son réviseur. Une démarche analogue sera lancée contre HSBC et Pricewater-house. Nous estimons que la banque dépositaire gardienne des actifs doit à ce titre restituer la valeur de ces actifs. Le réviseur n’a pas accompli sa mission.» Une première! Jusqu’à présent, les réviseurs n’avaient assumé aucune responsabilité dans cette débâcle. «Pourtant la question est primordiale: il s’agit de savoir ce qu’ils ont fait exactement pour vérifier l’existence des actifs dans lesquels Luxalpha avait investi,» relève Isabelle Wekstein-Steg. La situation est plutôt floue. Pour Ernst & Young, tout d’abord, qui est à la fois auditeur et commissaire aux comptes du sicav (société d’investissement à capital variable) et du groupe bancaire. Pour UBS ensuite qui, en tant que dépositaire, endossait la responsabilité de savoir à tout moment de quelle façon les actifs dans lesquels elle engageait l’argent de ses clients étaient investis et où et comment ces actifs étaient disponibles. «Un devoir qu’elle n’a pas assumé, étant en outre précisé qu’elle a totalement transféré la stratégie et la gestion du fonds à la structure de Bernard Madoff. UBS a agi comme une simple boîte aux lettres.» Pour l’avocate d’affaires, la liste des griefs est longue. Parmi ceux-ci, la manière dont Ernst & Young a contrôlé Luxalpha. Un premier courrier aux réviseurs s’est soldé par une réplique sèche affirmant qu’ils «avaient respecté toutes les réglementations en vigueur». Une réponse «indigne» qui a donné lieu à d’autres missives, plus précises. En vrac: quels éléments probants ont été réunis et analysés pour vérifier l’existence et la valeur des actifs? A-t-il été vérifié que le système comptable était adapté au type d’investissements souscrits par la sicav? Les normes internationales prévoient que le réviseur teste la véracité de la valeur des investissements par échantillons. Est-ce que cela a été fait? Un registre central informatisé aux USA répertorie les opérations sur les bons du Trésor, en temps réel. Cela a-t-il été tracé par le réviseur? A ce stade, Isabelle Wekstein-Steg en doute: «Je pense qu’ils n’ont rien fait, sinon ils auraient pu se rendre compte qu’il y avait un problème. Lorsqu’une entreprise industrielle est contrôlée, le réviseur va physiquement voir si les stocks correspondent aux livres. Le rapport d’audit ne peut se contenter des documents remis par les membres de la direction de la SICAV.» Et puis il y a ce mystère: selon les informations recueillies par l’avocate, aucun lien informatique direct n’aurait existé entre UBS et Madoff. Impensable, cette absence peut pourtant se révéler pratique: «Cela permet de faire les rapports après coup et de ne pas contrôler la réalité des investissements soi-disant effectués.» Il s’agit encore de clarifier le rôle de la société Access Partners, avec laquelle UBS était en relation depuis l’origine, qui prospectait des clients pour Madoff et faisait un reporting régulier. Depuis qu’Isabelle Wekstein-Steg a empoigné ce dossier, les sollicitations sont nombreuses: «Il faut bien réaliser la situation: l’affaire Madoff ne concerne pas que des riches. Il y a des milliers de petits épargnants, y compris en Suisse.» L’escroquerie pourrait avoir fait jusqu’à 3 millions de victimes, selon les calculs du cabinet espagnol Cremades & Calvo Sotelo. Affronter UBS n’est pas simple. Un exemple révélé par l’avocate: «La banque a pratiquement mis la main sur tous les grands cabinets d’avocats du Luxembourg.» Et de chercher comment avancer: «Faut-il en parler directement au Gouvernement helvétique?»
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