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Affaires militaires compensatoires. Où sont les milliards?

Par Yves Steiner - Mis en ligne le 19.06.2008 à 00:00

Confidentiel. A chaque achat d’armes à l’étranger, le Conseil fédéral jure que la même somme revient sous forme de commandes compensatoires à l’économie suisse. Faux.

Modernisation des 33 F/A-18, achat de 220 véhicules de transport et 12 engins d’exploration, le tout pour 917 millions de francs. Voilà la facture du programme d’armement 2008. Mais l’armée rêve déjà à 2010 et à son nouvel avion de combat, en remplacement des Tiger F-5. Le panier à commissions de la grande muette se remplit donc vite. Ce qui irrite le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). La semaine passée, il lançait son initiative pour un moratoire de dix ans sur l’achat d’un nouvel avion de combat. Soutenu par une alliance rose-verte, le GSsA a jusqu’au 10 décembre pour glâner 100 000 signatures. Une chance pour ces militants, un rapport montre désormais la faible importance des contrats d’armements pour l’économie suisse et l’emploi. Un rapport confidentiel qui embarasse les milieux industriels et le Conseil fédéral. L’Hebdo l’a lu.
Au début de 1993, on s’en souvient, le GSsA défiait le Conseil fédéral, l’armée et les industriels du pays. Comme aujourd’hui, sa cible était l’achat d’un avion de combat, le F/A-18. Le 6 juin, le peuple rejetait l’initiative des antimilitaristes par 57,3%. L’argument central des milieux économiques et du conseiller fédéral en charge des Affaires militaires, le radical Kaspar Villiger, avait donc porté: l’acquisition du F/A-18 du constructeur McDonnell Douglas (racheté par Boeing en 1997) serait compensée à 100% par des commandes américaines en Suisse. Un argument asséné avec constance par le Conseil fédéral, les partis bourgeois et le patronat. Et ce, depuis l’achat des chars Leopard en 1984.
Voilà pour l’histoire, mais qu’en est-il de ces compensations? Est-ce que, comme le jure le Conseil fédéral au Parlement quand il vote les crédits d’armement ou, plus rare, devant le peuple lorsque le GSsA lance une initiative, la totalité des achats suisses revient sous forme de contre-affaires?
Non, à peine 40%, selon les conclusions d’un rapport du Contrôle fédéral des finances (CDF), daté de septembre 2007. Et encore, l’estimation est conservatrice, poursuit le CDF. Mandaté par la Commission de la politique de sécurité du Conseil national (CPS-N) en 2006, le CDF a en effet inspecté 6522 transactions entre des firmes suisses et étrangères. Ces transactions, d’un total de 4,3 milliards de francs, ont été passées dans le cadre de 28 achats d’armement de 1995 à 2005. Les participations industrielles directes retranchées de ce montant (un quart), reste plus de 3 milliards de francs en «affaires compensatoires» ou, dans le jargon industriel, des «commandes offset». Or, selon les calculs des experts fédéraux, seul 1,2 milliard de francs sont de réelles affaires compensatoires. Manque à gagner: 1,8 milliard.

La vérité, si je mens. «Entre 40 et 50%, cela ne m’étonne guère», soupire Pierre Castella, directeur du fabricant de machines-outils Dixi au Locle. Voici quinze ans, l’actuel député libéral au Grand Conseil neuchâtelois défendait l’achat des F/A-18 et reconnaît que «100% d’affaires compensatoires, je n’y croyais pas vraiment».
Autre supporter des F/A-18 à l’époque, Pierre Derendinger dit sa surprise: «Jusqu’ici, armasuisse donnait des chiffres bien supérieurs! Avec le F/A-18, on a même parlé de plus de 100% pour l’entier des affaires compensatoires», s’étonne le Genevois, dont la société a fabriqué le stabilisateur arrière horizontal du jet. Sa firme revendue à RUAG en 2001, Pierre Derendinger est désormais le lobbyste de Dassault en Suisse, constructeur du chasseur Rafale, un des avions sélectionnés par le Département de Samuel Schmid comme futur nouvel avion de combat.
En réalité, le taux de compensation sur le F/A-18 se situe autour de 50%, signale le rapport du CDF corroborant une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, publiée en 2000 déjà. Est-ce à dire qu’armasuisse, chargée du suivi des affaires compensatoires, raconte des bobards aux industriels du pays?
A lire le rapport que L’Hebdo a eu entre les mains, on imagine plutôt qu’armasuisse n’en sait rien. En débutant leur travail il y a un an, les experts du Contrôle fédéral ont découvert un mur de classeurs, mais pas de bases de données, ni de statistiques. Grâce aux déclarations remplies par les firmes suisses lorsqu’elles réalisent une transaction avec une société étrangère lors d’une affaire compensatoire, le CDF a créé une base de données pour réaliser son évaluation. Ce qu’armasuisse – qui qualifie le travail du CDF «d’incomplet, déséquilibré et partiellement faux» – aurait dû faire depuis des années.
 
Découvrez l'entier de l'article dans L'Hebdo.




Tags: Milliards, militaires, économie, Suisse, armes, Conseil fédéral,

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Réaction de pelerin
le 19.06.2008 à 10:45
si vous croyez tout ce que le Conseil Fédéral vous raconte,...
 



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