L'Hebdo;
2009-03-12 LA LETTRE OUVERTE DE PETER BODENMANN À CHRISTIAN LEVRAT
Cher Christian Levrat Le Parti socialiste suisse a perdu les dernières élections nationales. Il n’a réussi à faire ni de la justice sociale ni de la transformation écologique un thème décisif. Tout le monde s’est contenté de parler de Blocher et de la sécurité intérieure. Après les élections, le Parti socialiste a changé de président et procédé à un fâcheux changement de cap: la social-démocratie a repris pour une bonne part les exigences de l’UDC concernant la sécurité intérieure. Or l’adaptation n’a encore jamais payé.
Nous nous trouvons confrontés à la plus grande crise économique depuis les années 30. Les châteaux de cartes néolibéraux s’écroulent, tout comme le secret bancaire. Les politiciens et les partis financés par les banquiers et leurs bonus devraient, tout comme ces derniers, être mis au pilori. En fait, nous traversons une période faste pour la politique de gauche, serait-on tenté de penser.
Les élections cantonales sont de bons thermomètres. Elles montrent l’ambiance du pays. En Valais, les radicaux et les sociaux-démocrates avaient la chance unique, après 150 ans, de casser la majorité PDC au Conseil d’Etat. Au moment où le PDC avait depuis longtemps déjà perdu la majorité au sein du peuple.
Au lieu de rassembler, le Parti socialiste valaisan sous la houlette du membre de la direction du PSS Stéphane Rossini, et les radicaux sous la direction de Léonard Bender, ont fait le jeu du PDC: ensemble, ils lui ont assuré trois sièges au Conseil d’Etat. La gauche a pu faire néanmoins une légère avancée lors de l’élection au Grand Conseil et les prochaines élections au Conseil national montreront qui, au sein de la gauche, s’est renforcé. Probablement les Verts, dont la candidate s’était vu refuser une liste commune.
En Argovie, seuls 31% des électeurs se sont rendus aux urnes. L’UDC a gagné 3% de voix, pendant que le PS en perdait 3%. Les Verts n’ont pas pu compenser les pertes. Là-bas, pendant la campagne électorale, le Parti socialiste – en s’en tenant à la ligne du parti suisse – a demandé plus de policiers et plus de sécurité, au lieu de reprendre la question sociale. C’est ainsi que le PS est encore un parti à 15%. Notre parti a été sanctionné de la même manière dans le canton de Soleure. Le PS ne s’est pas encore remis des dernières élections nationales. Ce qui n’est pas étonnant, car le parti – à quelques exceptions près – n’a pas encore bougé.
Jusqu’à ces quatre derniers mois, Micheline Calmy-Rey a défendu le secret bancaire comme peu d’autres dans le pays, dans l’intérêt des banquiers privés genevois. Aujourd’hui, elle tient absolument à envoyer des soldats armés contre des pêcheurs somaliens, fâchés à raison. Dans le fond, pas un seul thème central social-démocrate.
Cela fait quinze ans que Moritz Leuenberger est responsable de la transformation écologique de la Suisse. Pendant son mandat, les pays de l’UE nous ont dépassés en matière d’environnement. Pour cette raison, presque plus personne ne prête au PS de compétence en matière d’écologie. Mais Leuenberger va rester vissé à son siège.
Le secrétariat du PSS, au lieu de jouer le rôle de bras droit des deux conseillers fédéraux, ferait mieux de participer à les mettre sous pression. Pour que Micheline Calmy-Rey développe enfin une politique européenne raisonnable et que Moritz Leuenberger n’ait pas le loisir de continuer à faire des petites plaisanteries au lieu de faire de la politique.
Que nos électeurs restent à la maison est plus que compréhensible. Ceux qui, dans le canton d’Argovie, important politiquement, se réduisent à un parti à 15% - même s’ils ont gagné un siège au gouvernement – devraient revoir leur copie.
Tu ne crois pas aux résultats des sondages, mais il est difficile de remettre en question les résultats des élections.
Quand iras-tu enfin chercher des gens capables pour assumer la direction du secrétariat du parti? Quand le parti remplacera-t-il le conseiller fédéral Leuenberger, depuis longtemps dépassé? Quand le parti demandera-t-il enfin un programme conjoncturel d’un volume de 10 milliards, comme le fait depuis longtemps l’ancien conseiller national PDC Edgar Oehler?
Après une défaite, on peut agir. On doit le faire. Et le plus tôt sera le mieux.
Avec mes vœux les meilleurs en ces temps difficiles.
PETER BODENMANN
CHRISTIAN LEVRAT, président du PSS.
Micheline Calmy-Rey a défendu le secret bancaire comme peu d’autres dans le pays, dans l’intérêt des banquiers privés genevois.
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