Art
Ai Weiwei : L’art plus fort que l’embastillement

Par Luc Debraine - Mis en ligne le 25.05.2011 à 14:27

Mis au secret depuis deux mois par Pékin, l’artiste a eu le temps de préparer, entre autres, trois expositions en Suisse, de Winterthour à Cully. Regard sur un maître de l’art contemporain qui paie au prix fort sa lutte pour la liberté d’expression.

«L’artiste comme un réseau, une entreprise, un activiste, une voix politique, un agent provocateur: à tout moment, dans le passé, présent ou futur, chaque société a besoin d’une personnalité comme Ai Weiwei pour être réveillée, rester éveillée, reconnaître son obstination et éviter d’avoir des œillères», s’enflamme Urs Stahel, directeur du Fotomuseum de Winterthour.

Le musée alémanique accueille une forte exposition des photographies et vidéos d’Ai Weiwei, emprisonné en Chine depuis le 3 avril, et toujours pas formellement inculpé.

Le plus célèbre des artistes chinois montre à Winterthour comment il tire parti des moyens actuels de communication pour défendre la liberté d’expression, la mémoire du passé, ou celle des 5000 écoliers chinois morts lors du séisme dans la province du Sichuan en 2008.

Ai Weiwei est le cocurateur de cette exposition conçue avant son embastillement, comme il l’est de «Shanshui» au Musée des beaux-arts de Lucerne. Avec son ami suisse Uli Sigg, dont la vaste collection fournit l’essentiel des œuvres présentées à Lucerne, Ai Weiwei montre comment les artistes chinois contemporains revisitent l’art traditionnel du paysage.

Ce rapport critique, ambigu, mais aussi poétique à l’histoire est aussi incarné dans la lilliputienne Kunsthalle Marcel Duchamp à Cully, dans Lavaux. «Le plus petit musée du monde» planté au bord du lac expose lui aussi une œuvre d’Ai Weiwei. Il présente quelques graines de tournesol en porcelaine, comme celles exposées il y a peu par millions à la Tate Modern de Londres.

Ces graines sont le symbole d’un pouvoir absolu – les Chinois devaient se tourner vers Mao comme des tournesols vers le soleil – dont se joue Ai Weiwei, quitte à y laisser sa liberté. Au surcroît, il se livre à cet exercice iconoclaste dans un lieu dédié à l’artiste qui l’a le plus influencé, l’inventeur sarcastique du ready made.

Tout cela in absentia, mais pourtant obstinément, nécessairement présent dans les musées suisses, sans compter d’autres expositions ce printemps à Londres ou à Berlin. Un bon moyen de lutte contre l’injustice et l’oubli.

«Ai Weiwei, interlacing». Fotomuseum Winterthour, du 28 mai au 21 août. Rens.: www.fotomuseum.ch

«Shanshui». Kunstmuseum de Lucerne, jusqu’au 2 octobre. Rens.: www.kunstmuseumluzern.ch

«Ai Weiwei, Sunflower Seeds». Kunsthalle Marcel Duchamp à Cully, jusqu’au 17 juillet. Rens.: www.bxb.ch/kunsthalle/

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