Mardi, Pascal Broulis a eu les honneurs du Tages-Anzeiger, privilège rare pour un conseiller d’Etat romand, sous le titre, «Le Grec qui paie volontiers des impôts». De fait, en publiant L’impôt heureux en 150 anecdotes*, le président du Gouvernement vaudois affiche plus que ses origines paternelles sa fibre radicale – canal historique.
Faire l’éloge de l’impôt n’est pas populaire. Mais Pascal Broulis n’a aucun souci à nourrir pour sa réélection au printemps prochain. C’est donc enjoué, gourmand et faussement provocateur qu’il étale sa passion pour la chose fiscale. Il balaie large des Grecs anciens aux déboires contemporains des pays de la zone euro, en passant par l’Ancien Régime, sans oublier les particularismes locaux: on apprendra que Bienne doit sa prospérité de «cluster» horloger à une judicieuse politique d’incitation fiscale.
Il assène ainsi son credo de chef de Département des finances: les impôts se doivent d’être diversifiés, relativement indolores, non confiscatoires, dépolitisés. Une gageure, digne d’un mobile de Calder, en recherche permanente d’équilibre.
Amoureux de la subtilité, le radical tacle la simplification excessive des impôts, genre TVA à taux unique ou flat tax – des rêves caressés par son propre parti au niveau national – et fustige le poids des consultants, apôtres de tels simplismes auprès des politiciens crédules et naïfs.
Pascal Broulis renseignera et amusera ses lecteurs, mais il n’a pas écrit un pamphlet. Sa volonté de rendre l’impôt plus sympathique ne va pas jusqu’à dénoncer le mantra néolibéral obsessionnel de ces trente dernières années: les baisses d’impôts, promises à tous, pour mieux endormir les plus faibles et enrichir les déjà nantis. Il concède pourtant que les pays européens n’échapperont pas à des révisions à la hausse de leurs prélèvements.
Comme il le souligne lui-même, il n’y a pas de démocratie sans fiscalité. L’argent encaissé sert la société et ses buts. L’Etat n’est pas qu’un percepteur, il fournit les prestations dont ses administrés ont besoin, impossible d’améliorer les services et les infrastructures publics sans un renouvellement constant des recettes. C’est ce bon sens élémentaire qu’a tué le discours sur le moins d’impôts, encore si prégnant.
L’actuelle crise de la dette publique, aux Etats-Unis et en Europe, n’est pas la conséquence de politiques trop généreuses, elle est surtout la facture d’une idéologie irresponsable, le renoncement à l’impôt. C’est la cruelle leçon de ces derniers jours en Grèce: le moins d’impôts a bien généré un Etat faible, mais un Etat faible peine à respecter la démocratie.
* Aux Editions Favre
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